Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
Mois précédent Mois suivant
Pour consulter nos manifestations :
cliquez sur les cases colorées!
Accueil/Les Dossiers

 Les Dossiers

Leçons de botanique - 1 dossier(s)
Initiation à l'utilisation de la "Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines, 5e édition"
Activités 2005
Programme détaillé des activités de l'été 2005
Grande marche "Nature et Paysage" le dimanche 14 août 2005
Quelles actions individuelles au quotidien en faveur de la Biodiversité?
Quelles actions individuelles au quotidien en faveur de la biodiversité ? Par Jacques STEIN _______________________________ Publié à l’occasion du 25e anniversaire de l’asbl « Le Genévrier » Jacques STEIN – JUIN 2007 2 En guise d’introduction … Alors que de grands problèmes environnementaux font aujourd’hui, enfin, la « une » de l’actualité (réchauffement de la planète, diminution de la qualité des ressources en eau, désertification …), la crise de la biodiversité reste encore en marge des médias, sauf événements spectaculaires ou documentaires classiques sur la vie des bêtes. Or, on le verra plus loin, non seulement la biodiversité traverse actuellement une crise majeure, mais en outre, les liens avec les autres problèmes évoqués ci avant sont manifestes. Et les mesures prises pour atténuer le réchauffement climatique ou arrêter la désertification, si elles y contribuent assurément, ne pourront résoudre la crise de la biodiversité si des mesures spécifiques complémentaires ne sont pas prises simultanément. Bien plus, un « déphasage » entre toutes ces mesures pourrait avoir un impact négatif sur la biodiversité. L’exemple des biocarburants est symptomatique à cet égard. Si pour atténuer le rejet des gaz à effet de serre et la pollution, on produit des végétaux « énergétiques » selon les modalités actuelles de l’agriculture intensive, ou au détriment de toutes considérations sociales et humanitaires, la biodiversité continuera à payer un lourd tribut à notre bonne conscience ! Actions individuelles ? Assez étonnamment, alors que l'Organisation des Nations Unies (ONU) nous envoie des signaux très alarmants au sujet du fonctionnement de nos écosystèmes et donc des conditions de notre bien-être, tout semble se passer comme si la majorité de nos concitoyens y restaient totalement indifférents … « La biodiversité, ce n’est pas un problème ! Et si c’est un problème, ce n’est sans doute pas grave ! Et si c’est grave, je ne peux quand même rien y faire ! » Voilà le genre de discours qui, hélas, aggrave de jour en jour la situation de la biodiversité... « Qu’est ce que je peux faire ? » Cette question est souvent posée aux conférenciers, à la fin d’un exposé très documenté sur les faits et les réalités actuels de la biodiversité. Et il est vrai que la complexité du problème ne rend guère visibles les actions qui pourraient être mises en oeuvre par chacune et chacun d’entre nous. D’autant plus que les attitudes qu’on est en droit d’attendre de la part des décideurs, élus ou non, privés ou publics ... : prise de conscience, responsabilité, adaptation, comportement, ... semblent faire défaut, hormis quelques coups de « com. » ou de « pub. ». Décidément, la gestion durable du vivant ne constitue actuellement pas une priorité ! Jacques STEIN – JUIN 2007 3 Et en attendant mieux, c’est sans doute une fois encore au citoyen lambda de montrer, par l’exemple de son comportement quotidien, qu’il a compris : « dilapider la biodiversité aujourd’hui, c’est hypothéquer notre bien-être de demain » ! Il est temps de convaincre et de se convaincre que chacun et chacune peuvent prendre une bonne partie de la situation en main. Mais avant d’en arriver aux actions individuelles concrètes, il est utile de rappeler où on en est. Nature ou Biodiversité ? La Nature et la Biodiversité sont des concepts distincts ayant chacun leur originalité. Mais ils sont souvent confondus et/ou employés l’un pour l’autre ! Que cache donc tout d’abord le concept de "NATURE", apparu bien longtemps avant celui de biodiversité ? Et surtout dans le contexte qui nous préoccupe ici, en l'occurrence le rôle que l'homme peut y jouer. Et sa « conservation », dont on parle lorsqu’on veut évoquer les instruments aujourd’hui en place dans le domaine des aires et des espèces « protégées », sous-entendu par la loi ? "La nature, c'est ce qui se développe spontanément sans l'intervention volontaire de l'homme". C'est en tout cas ce que propose, de façon très argumentée, feu François TERRASSON, après avoir bourlingué de par le monde et avoir tenté de capter, dans chaque civilisation, ce que les sociétés et les individus en pensaient (Ses livres intitulés « La peur de la Nature », « La civilisation anti Nature » et « En finir avec la Nature », sont autant de références pour qui veut en savoir plus sur la question). Réaction immédiate : « mais alors, il n'y a plus de nature chez nous … puisque l’homme intervient partout ? » Mais si ! A forte dose dans la forêt vierge tropicale humide ou durant une violente tempête (même chez nous), à dose homéopathique dans un champ de maïs ou dans un potager. Et notre perception de cette nature là, elle est due à des connexions (naturelles) particulières de nos neurones avec tout ce qui n'est pas d'origine humaine. Mais si chaque individu a sans doute été servi de la même manière à l'origine, dans le registre du sensible, d'aucuns ont présenté, au conditionnement anti Nature de la société moderne, un terrain beaucoup plus favorable que d'autres. Ils sont faciles à identifier puisque non contents d'essayer de faire passer du faux pour du vrai et de magnifier les alignements rectilignes de toute sorte, jusque et y compris les portées d'une partition musicale, ils les opposent en outre, parfois très agressivement, au chaos, au désordre, aux miasmes, à l'infestation, bref au désordre de la nature non contrôlée par l'homme. Comme le dit François TERRASSON, tout dépend donc de la "formule individuelle" de chacun et surtout de sa résistance à la modifier. Jacques STEIN – JUIN 2007 4 Alors que la nature n'est pas manichéenne et allie subtilement les contraires, elle est en outre à la fois extérieure et intérieure à l'homme, dans ses élans, ses pulsions spontanées. Le phénomène est largement culturel au point de pouvoir distinguer les ruraux "élevés" en milieu urbain, des urbains "élevés" en milieu rural. "Il y a des cultures qui ne supportent pas la nature et qui ont besoin de la dominer et des cultures qui, tout en la modifiant, ont choisi la coopération, l'équilibre avec elle". La « Nature » est donc une question de sens... dans tous les sens du terme. C'est une question d'émotion Vous savez cette sensation spontanée et complexe, parfois brutale, qui étreint le cerveau sans qu'on sache pourquoi, qui attire ou qui répugne au contact d'une forte dose de nature, qu'on peut combattre ou accepter. C'est une question sensorielle Lorsqu'il s'agit d'établir des fondements sûrs en préalable à une éducation sur le sujet. L'éducation à la nature passe obligatoirement par une éducation à l'émotion et par l'émotion. C'est une question de bon sens De sagesse, quand il s'agit d'y intervenir et de la préserver. C'est une question de sens De direction que prend la norme quand elle rejette tout ce que l'homme ne contrôle pas, y compris ce qui surgit de l'inconscient. C'est une question de sensationnel Quand on veut la mercantiliser, la mettre en scène, la BARNUMiser. Notre attitude et notre relation vis-à-vis de la Nature sont donc liées à nos propres parcours individuels, largement enrichis par ailleurs de toute sorte d'évènements familiaux, religieux, éducatifs, idéologiques, réglementaires, … y compris l'inconscient collectif, et qui, de plus en plus et en règle générale, ont tous pour caractéristique principale de brider notre spontanéité intérieure : pulsions, émotions, passions, … Ou en tout cas d'essayer ! Aujourd'hui, plus que jamais auparavant, il faut donc lutter pour exprimer, voire conserver, l'émotion qu'on aurait l'arrogance d'éprouver vis-à-vis de la nature libérée de la volonté de l'homme. On vous traitera alors d'extrémiste, d'intégriste ou on vous condamnera à l'ostracisme. A l'évidence, les sociétés qui veulent contrôler la Nature extérieure à l'homme, tentent du même coup de contrôler sa nature intérieure. Les sociétés qui combattent les émotions (par exemple nos civilisations occidentales modernes qui affirment qu’un homme ne doit pas pleurer ou qui rejettent la part d’animalité que d’aucuns expriment dans leur look extérieur), agressent automatiquement la nature. A l’inverse, le « manque » de contact avec la Nature n’est-il pas à l’origine de bien des maux de notre société : délinquance, violence, intolérance … ? "L'homme est un animal émotif à qui la nature fait de l'effet, qu'il n'en parle bien que de façon symbolique, qu'il projette sa résonance émotive en Jacques STEIN – JUIN 2007 5 contes et légendes, mais aussi en articles de journaux, en poésies, en déclarations officielles, en rêves et en oeuvres d'art, etc.". On le comprendra aisément, on a largement dépassé les aspects scientifiques ou techniques de la problématique. Les "gens" sont concernés, même si c'est inconsciemment, et "la Nature" apparaît donc bien plus comme un phénomène culturel ou de civilisation, sur lequel seules la sociologie, la psychologie, la psychosociologie, sont à même de nous éclairer. De nombreuses enquêtes ont d'ailleurs été menées dans ce but. La Nature, c'est un peu comme les grandes fêtes, chacun profite du jour férié mais y met ce que bon lui semble. La Nature des naturalistes n'est pas la même que la Nature des "autres". Le naturaliste y voit des espèces, des écosystèmes et les mesures de gestion susceptibles de les perpétuer : cela s'appelle « la conservation de la nature ». Cette Nature là compte au moins un paradoxe. Paradoxe car intervention sur ce qui est caractérisé par la non intervention ou alors faut-il comprendre qu'il s'agit de conserver les phénomènes naturels et spontanés sans intervenir. Encore une fois, tous ne sont pas sur la même longueur d'onde. La Nature sans intervention volontaire a existé bien longtemps avant l'homme et existera encore bien longtemps après, quitte à s'adapter à la disparition présumée du soleil ! On se rappellera une interview de Philippe GELUCK pour qui « la conservation de la nature évoquait des bocaux de nature stérilisée sur une étagère ». N'est-ce pas à cela qu'aboutissent finalement certaines de nos politiques ? Finalement la Nature, en son sens premier, c'est la culture, c'est la civilisation ! Or dans nos dictionnaires, la Nature compte au moins douze acceptions différentes ; c'est évidemment révélateur des perceptions de nos contemporains sur le sujet, mais c’est aussi révélateur de la confusion qui peut régner dans les esprits lorsqu'on en parle ! Dès lors, si pour vous la Nature, ce sont les espèces sauvages, les écosystèmes, les réserves naturelles, etc., alors, dans un souci de clarté, parlez de BIODIVERSITE. La Biodiversité est en crise La Biodiversité est un concept plus technique, plus concret, plus susceptible de subir les protocoles scientifiques … Quand on parle de biodiversité aujourd’hui, on tente d’évoquer tout ce qui est vivant et qui évolue depuis 3,5 milliards d’années sur la planète Terre. Autant ce qui existe aujourd’hui autour de nous, que ce qui a contribué au fil des millénaires à le « produire ». La biodiversité, ce sont des espèces (animales, végétales, …), ce sont aussi les gènes qui permettent de distinguer les espèces les unes des autres et les individus à l’intérieur d’une espèce, et enfin, ce sont les processus qui permettent à tout ce petit monde d’évoluer harmonieusement au sein d’un ensemble d’interrelations très complexe. Au sein des écosystèmes. Mais ce n’est pas tout, en créant ce néologisme à la fin des années 80, les experts tentaient aussi de promouvoir une approche multidisciplinaire et décloisonnée de la biodiversité. Taxonomistes, généticiens, écologues, physiologistes, … étaient invités à se préoccuper les uns Jacques STEIN – JUIN 2007 6 des autres. Enfin, l’ambition consistait également à donner à la diversité du vivant un cadre socio-économique et politique. Nous dépendons quasi totalement des "services" que procurent naturellement les écosystèmes de la Planète. Or l'évaluation du Millénaire des écosystèmes (le "Millennium Ecosystem Assessment de l'ONU) constate que 60% de ces "services" sont dégradés ou surexploités par les activités de l'homme (1) … Alors que ces "services" ne permettent rien d'autre que la vie sur terre ! Sur les 24 "services" qui ont été évalués, 15 sont en péril : fourniture d'eau douce, stocks de pêche, régulation de l'air, régulation de l'eau, régulation des climats régionaux, régulation des risques naturels, régulation des parasites, … et cette dégradation risque d'augmenter considérablement la probabilité de changements brusques et d'affecter sérieusement notre bien-être : apparition de nouvelles maladies, changements soudains de la qualité des eaux, création de zones "mortes" le long des côtes, destruction des zones de pêche, bouleversements régionaux du climat, … En outre, les problèmes qu'on nous annonce, ne sont pas pour dans 1000 ans, mais pour dans 25 ou 50 ans. Aujourd’hui, la biodiversité n’est plus uniquement étudiée sous l’angle « biologique ». Sous l’impulsion de la Grande Conférence de Rio en 1992, de nombreuses recherches l’abordent maintenant sous les angles social, économique ou politique … Par exemple, les relations entre la biodiversité et le bien-être individuel et collectif, ou la santé. On savait déjà qu’une modeste plante du bord des cours d’eau (la reine-des-prés) pouvait livrer des agents actifs susceptibles de soulager des millions de personnes (aspirine). Mais aujourd’hui, outre cet aspect purement utilitaire, on commence à bien connaître les espèces pathogènes (qui constituent d’ailleurs une grande partie de la biodiversité) et surtout leur comportement au sein des écosystèmes, au bon fonctionnement desquels ils sont d’ailleurs indispensables. Sur le plan économique, des expériences en grandeur nature ont largement démontré durant cette dernière décennie (aux USA et en Grande Bretagne notamment) les relations entre la biodiversité et la productivité des écosystèmes. Y compris des écosystèmes modifiés par l’homme comme les prairies. Une richesse spécifique élevée procure à l’écosystème une capacité tampon vis-à-vis des variations de son environnement physique et biologique et donc une certaine stabilité de son fonctionnement (« assurance biologique ») ; il existe en outre une relation positive entre richesse en espèces et performances de l’écosystème, dépendant de la nature et de l’intensité de la complémentarité et de la coopération entre espèces ; par ailleurs, l’érosion de la biodiversité conduit à des risques accrus d’envahissement par les espèces exotiques, généralement plus compétitives dans des milieux naturellement vulnérables ou affaiblis par les activités humaines (par exemple les monocultures). _________________ (1). Une liste de références figure en fin de brochure Jacques STEIN – JUIN 2007 7 « Si toutes les abeilles disparaissaient », prophétisait EINSTEIN, « l’Homme n’en aurait plus que pour 4 ou 5 années à vivre ». Il vaut mieux évidemment ne pas tenter l’expérience d’éradication des pollinisateurs et donc de disparition conséquente de milliers d’espèces végétales. Aujourd’hui cependant, dans des vergers localisés au pied de l’Himalaya, les pollinisateurs ont complètement disparu suite à l’abus de pesticides. Et les fleurs des pommiers sont fécondées une à une … à la main. En réalité les mains de 10 à 12 ETP (Equivalent Temps Plein) par colonie disparue d’abeilles ! Ces exemples, et il en existe de nombreux autres, nous rappellent combien nous sommes quasi totalement dépendants de la biodiversité. Or les chiffres relatifs à la biodiversité restent alarmants … On sait qu’il y a au moins 1.700.000 espèces différentes sur la planète, car ces espèces ont été identifiées et décrites. Beaucoup d’entre elles ne se trouvent d’ailleurs déjà plus que dans des musées ou des collections. Quant aux espèces qui n’ont pas encore été découvertes, l’estimation la plus raisonnable les évalue entre 13 et 28 millions ! ! Si on reporte le taux et la vitesse de disparition des espèces connues aux espèces qui ne le sont pas encore, il y a effectivement de quoi s’alarmer. Les spécialistes estiment d’ailleurs que ces chiffres vertigineux permettent de parler de la sixième crise majeure d’extinction d’espèces que connaît la planète depuis 3,5 milliards d’années que la vie y est apparue. Durant les cinq premières grandes crises, des millions d’espèces ont disparu, définitivement, suite à des cataclysmes naturels (ouragans, éruptions, raz-de-marée, collisions avec des comètes, bombardements de météorites, séismes …), sans commune mesure avec ce qu’on connaît aujourd’hui sur une Terre relativement calmée. La cinquième crise a marqué les esprits car la fiction s’est emparée des représentants les plus imposants de la faune d’alors : les dinosaures qui ont disparu brutalement il y a 65 millions d’années … La grande différence avec les 5 premières crises, c’est que nos activités sont très probablement les uniques responsables de la crise actuelle et, fin 2006, l’UICN (Union Mondiale pour la Nature) admettait que 16.119 espèces sont menacées sur la Planète. Sans parler de la disparition systématique de la variété génétique (que sont notamment devenues les 10.000 à 15.000 variétés de pommes et les 7.000 variétés de tomates décrites à ce jour ?). Le « politique » a lui aussi compris semble-t-il qu’il y avait un danger, difficile à saisir certes, mais nécessitant malgré tout certaines précautions. Il a donc « décidé », à l’échéance 2010, au niveau mondial, de « freiner » la perte de biodiversité et, au niveau paneuropéen, de « stopper » la perte de biodiversité ! Entendons-nous, le 31 décembre 2010, on n’aura sans doute pas « stoppé » la perte de biodiversité en Europe (certains essayent même de trouver des synonymes doux de « stopper » pour ne pas avoir à prononcer le mot), mais on devrait avoir identifié les mesures qui permettent de renverser la vapeur et les avoir mises en application sur un maximum de territoire, en collaboration avec un maximum d’acteurs concernés. Jacques STEIN – JUIN 2007 8 Pourquoi, direz-vous alors, a-t-on attendu autant pour se lancer dans une telle entreprise ? Certes la question est très pertinente et il n’est pas difficile d’y répondre ! Il faut bien reconnaître que les préoccupations liées à la biodiversité ont très généralement été reléguées dans des zones « où cela ne gênait personne ». En effet, partant du principe que c’était une préoccupation exclusivement biologique ou écologique, apanage des scientifiques et des naturalistes, la biodiversité n’avait donc rien à faire dans la cour des grands, ni dans les politiques sectorielles « sérieuses » : agriculture, sylviculture, industries, récréation et loisirs, voies de communication … et a donc été cantonnée dans des « sites appropriés », appelés des « réserves » (2). Le nombre et la superficie des « réserves » n’ont cessé de croître depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à ce jour. Mais au total, fin 2006, elles représentent 0,61 % du territoire, soit 10.358 hectares sur les 1.684.400 ha. que compte la Région wallonne. Avec cette performance, et en extrapolant des chiffres cités au niveau mondial, on protège effectivement et activement … 0,61 % de la biodiversité wallonne. Ceci explique cela ; « cela » étant les chiffres révélés par les « Etats » et « Tableaux de bord » successifs relatifs à l’environnement wallon : de 25 % (mammifères) à 71 % (reptiles) des espèces animales (vertébrés + invertébrés) faisant l’objet d’un suivi ont un statut défavorable (éteintes, en danger ou vulnérables). Et de 30 % (hépatiques et mousses) à 44 % (plantes supérieures) pour les espèces végétales. On aboutit donc à ce constat paradoxal : l’augmentation régulière de la superficie des aires protégées n’arrivent pas à enrayer la diminution de la biodiversité. Certes, il faut aussi compter 63 Cavités souterraines ayant un statut de protection strict, et recelant des espèces spécialisées (chauves-souris, notamment). Et aussi 220.838 ha. de sites « Natura 2000 », qui comptent un grand pourcentage des « réserves » évoquées ci-avant, mais dont le processus « de terrain » est en gestation et n’est pas encore activé en terme de gestion. Et aussi 306.971 ha. de Parcs naturels, qui comptent eux aussi un grand pourcentage des « réserves » évoquées ci-avant, et pas mal de sites « Natura 2000 », mais dont les réalisations effectives en matière de biodiversité doivent encore être recensées et évaluées. Il y a aussi 54 communes en Plan communal de développement de la nature, 176 en fauche tardive des bords de route et 116 en aménagement des combles et clochers. Et, enfin, 38.525 ha. de zones humides Ramsar d’importance internationale, qui comptent également un sérieux pourcentage des sites évoqués ci-avant (dont la plus grande « réserve », celle des Hautes-Fagnes). Bref, en adoptant l’attitude particulièrement simpliste qui consisterait à additionner tous ces chiffres, sans nuance et pour prétendre que tout va bien, on pourrait croire que plus de 600.000 ha. (36 % du territoire wallon) bénéficient de mesures propices à la biodiversité. Les chiffres relatifs à l’état de la biodiversité ne confirment pas du tout cette approche, et quand bien même … il resterait 64 % du territoire dans lesquels il ne passe rien ou presque en faveur de la biodiversité ! Une fois encore, et il est bon de taper sur certains clous, ceci explique que « l’érosion de la biodiversité en Région wallonne se poursuit » (Tableau de bord de l’Environnement wallon 2005). _________________ (2)L’article 1 de la loi de 1973 sur la conservation de la nature est explicite à cet égard puisqu’il continue à prétendre en 2007 que … « La présente loi ne vise pas à réglementer l’exploitation agricole et forestière », soit 80% du territoire ! Jacques STEIN – JUIN 2007 9 Une politique dans laquelle la biodiversité n’est prise en compte (et en charge) que dans les « trous » de l’Emmenthal, NE PEUT PAS renverser la vapeur. Il faut une approche cohérente sur l’ensemble du territoire, et dans toutes les politiques sectorielles, pour avoir une chance d’arriver à un résultat effectif et mesurable. C’est l’enjeu de l’Objectif Biodiversité 2010 (« Stopper la perte de biodiversité ») ! Mais on ne pourra pas tout faire d’ici là ; il faut donc, à l’intérieur d’une stratégie globale, fixer des priorités en terme d’action. 1. Mieux communiquer sur la biodiversité 2. Mettre en place le Réseau écologique 3. Mieux cibler le secteur de l’Agriculture 4. Mieux cibler le secteur de l’Equipement et des Transports 5. Lutter contre les espèces exotiques envahissantes 6. Renforcer les partenariats en place 7. Assurer le financement de la biodiversité Les pistes pour stopper la perte de biodiversité 1. Mieux communiquer sur la biodiversité S’il y a un secteur dans lequel la confusion est proche de la règle, c’est bien celui de la biodiversité. Confusion entre « Nature » et « Biodiversité », confusion à l’intérieur même des concepts : « la nature » d’un grand fabricant de produits phytopharmaceutiques n’est pas « la nature » d’un naturaliste ou celle d’un jardinier. Les perceptions des individus dans ce domaine sont presque aussi nombreuses que les individus eux-mêmes et la réponse aux besoins de chacun va de la visite d’une réserve naturelle intégrale à une visite à Disneyland. Confusion encore dans l’esprit du commun des mortels sur la place de l’homme au sein de la biodiversité et de son évolution (« l’homme descend du singe ! »). Attitude de l’homme vis-à-vis de la biodiversité et les raisons de ce comportement. Liaison entre biodiversité et bien-être ou santé de l’homme. Réaction indifférente de l’homme vis-à-vis des changements globaux, etc … Les habitants de la planète ne peuvent concevoir de manière claire ce dont on ne leur parle jamais, ou dont on leur parle de façon marginale ou dont on leur parle de manière confuse ! L’enjeu consiste moins aujourd’hui à décrire la faune et la flore ainsi que leur écologie ou à convaincre chaque acteur des actions qu’il pourrait mener en faveur de la biodiversité, que de réapprendre à l’homme des liens à la biodiversité que le confort, le progrès, la médecine, la pensée unique, ou tout simplement la nécessité de survivre dans la jungle économique … ont profondément dénoués. L’homme, en tant qu’espèce, ne constitue jamais que le 0,6 millionième de la biodiversité spécifique connue. MAIS, comme les dinosaures il y a plus de 70 millions d’années, il domine la planète ; il en constitue même aujourd’hui le principal fardeau ! Les dinosaures ont complètement disparu … mais la terre continue de tourner. Jacques STEIN – JUIN 2007 10 2. Mettre en place le Réseau Ecologique. Une des importantes causes de la perte de biodiversité est la fragmentation, l’atomisation des habitats et des populations d’espèces. En forêt, la fragmentation artificielle (due à l’homme) est 12 fois supérieure à la fragmentation naturelle ! Pour reconstituer une trame de base efficace, cohérente et interconnectée pour la biodiversité, est apparu le concept de « réseau écologique ». De manière simple, le réseau écologique est un système qui couvre le territoire de 3 types de zones : des zones « réservoirs » de biodiversité, des zones où le développement de la biodiversité est compatible avec les activités économiques (et vice-versa) et, enfin, des zones de liaison (couloirs, corridors …) susceptibles de relier entre elles les autres types de zones. Théoriquement, cela tient la route ! Sur le terrain, il faut aller un peu plus loin et prendre en compte, non seulement, la structure écologique existante, mais aussi des réseaux thématiques, spécifiques à l’une ou l’autre espèce, et donc prendre en considération tant les aspects structurels que fonctionnels des réseaux. Le réseau écologique ne couvre pas l’entièreté d’un territoire. Il subsiste de grands espaces « non concernés » à l’intérieur des mailles du réseau. On est sorti des trous de l’Emmenthal … mais il reste encore beaucoup de pâte sur la planche. Il convient en plus d’investir toutes les politiques sectorielles au sein desquelles des acteurs ont ou pourraient avoir un impact sur la biodiversité, que ce soit de manière directe ou indirecte (Tourisme, transports, agriculture, forêts, mais aussi éducation, culture ...). 3. Mieux cibler le secteur de l’agriculture. Fin 2006, 751.512 ha. sont utilisés par l’agriculture wallonne, soit 44,60 % du territoire wallon (la zone agricole au plan de secteur affiche même un taux de 49,97 %). C’est donc la politique sectorielle qui couvre la plus grosse part du territoire wallon. C’est aussi la politique sectorielle qui est la plus « accusée » en terme de perte de biodiversité : enrichissement des milieux en nutriments, dont l’eutrophisation de l’eau, mais aussi atteintes « physiques » : remblaiements ou assèchement des zones les plus humides et aussi les plus vulnérables, comblement de « chemins creux », élimination de haies vives … Si la situation s’améliore … le mal est bien souvent fait ! Le tableau de bord de l’environnement 2005 suggère d’ailleurs de porter des efforts supplémentaires et prioritaires de protection vers les milieux humides (marais, cours d’eau, …) et ouverts (pelouses et pâturages semi-naturels, prairies …). En terme de protection (et par référence aux superficies affichées au plan de secteur), les sites « Natura 2000 » ne concernent que 14,96 % de la zone agricole (soit 33.035 ha. sur les 1.684.400 ha. de la Région wallonne). Ceci dit, tout n’est pas pareil partout. Tout d’abord, il convient de distinguer, en terme de « cible » : le territoire agricole, ensuite les techniques agricoles qui y sont pratiquées et, enfin, « last but not least », l’agriculteur lui-même ! Précisément, au niveau des territoires agricoles, ce sont les prairies permanentes qui se taillent la part du lion (46 % de la Superficie Agricole Utile), tandis que le pourcentage le plus élevé d’espace agricole se trouve, avec les terres arables et donc les spéculations les plus « dures », dans la Région limoneuse (36 % du territoire concerné). Le plan d’action « secteur agricole » devra donc être nuancé selon qu’il vise le nord ou le sud du sillon Sambre et Meuse. Quoi qu’il en soit, la sauvegarde de la biodiversité passe par les agriculteurs avec lesquels la société civile doit passer un nouveau contrat pour l’avenir. Jacques STEIN – JUIN 2007 11 4. …. et celui de l’équipement et des transports. En 2003, les infrastructures de communication atteignent 86.483 ha., soit une croissance de 4 % depuis 1986 ! A ces infrastructures, sont associées en général des « dépendances vertes », certes utiles pour la biodiversité : les opérations de fauche tardive des abords des voiries communales sont éloquents à cet égard. Mais le problème n’est pas uniquement là. Ces infrastructures qui tissent une véritable toile sur le territoire wallon, y fragmentent tant et plus habitats et populations d’espèces sauvages. Avec un effet d’autant plus désastreux qu’elles traversent des territoires déjà fort affectés par les activités humaines. Les quelques écoducs (cerviducs, crapauducs, loutroducs, passe à poissons …) installés à posteriori (mais parfois à priori) n’arrivent pas à compenser les effets néfastes de l’atomisation des populations et des habitats, à savoir l’éradication des connectivités. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est reconstituer de véritables écosystèmes, au dessus de ces voies de communication, dans les zones les plus atteintes. Certains pays de plaine du nord de l’Europe donnent l’exemple en recouvrant les autoroutes de longs tunnels sur lesquels des écosystèmes entiers (boisés ou non) sont reconstitués. Et puisqu’on parle de voies de communication (rail, routes, fleuves …), elles en sont aussi pour de nombreuses espèces exotiques envahissantes. Les utilisateurs de la route, du rail et du Ravel auront déjà pu se rendre compte de la présence envahissante de la berce du Caucase, de la renouée du Japon, de l’impatiente de l‘Himalaya … 5. Lutter contre les espèces exotiques invasives. Parlons-en justement ! En soi, les espèces exotiques ne constituent peut-être pas un problème : il y en a plein les jardins, plein les campagnes, plein les bords d’autoroute, plein les forêts et, souvent, plein les cours d’eau … Quelques exemples (hors des jardins) : maïs, « fleurs sauvages » en sachet du Père Machin, résineux (et certains feuillus), daim, faisan … Le problème, c’est quand leur dispersion devient incontrôlable, qu’elles quittent les sites dans lesquels on les a introduites, délibérément ou non, et qu’elles envahissent les espaces dans lesquels il n’était pas prévu de les installer. Ainsi beaucoup d’espèces envahissantes, au point de remplacer nos propres espèces dans les zones les plus vulnérables, se sont-elles échappées de nos jardins, ou bien ont-elles été amenées fortuitement avec les conséquences que l’on sait (3) : berce du Caucase (dangereuse pour la santé humaine car son contact augmente la sensibilité de la peau aux rayons du soleil : bonjour les brûlures !), l’impatiente de l’Himalaya (qui attire une masse de pollinisateurs au détriment des espèces locales), la renouée du Japon (qui élimine tout sur son passage), le budleia (arbre antipapillons car son envahissement élimine les plantes nourricières des chenilles, phase la plus importante dans le cycle complexe de la vie du papillon), la jussie (qui envahit les pièces d’eau, y rendant toute vie illusoire), le séneçon du Cap, le « nouveau » mildiou de la pomme de terre, récemment « importé » des USA, le ________________ (3). Ceux qui ont vu le film intitulé « Le cauchemar de Darwin » ont eu là un bel exemple de drame écologique et social lié à l’introduction dans le lac Victoria d’une espèce exotique envahissante : la perche du Nil ! Avis aux apprentis sorciers ! Jacques STEIN – JUIN 2007 12 doryphore (et les tonnes de DDT qu’on a déversées pour s’en débarrasser), la coccinelle d’Asie, le raton laveur et le vison d’Amérique, etc, etc … 6. Renforcer les partenariats en place. La prise en compte et la prise en charge de la biodiversité ne pourront se faire sans l’implication et la responsabilisation de tous les acteurs concernés. Les choses de la nature n’appartiennent à personne (ce sont des res nullius) ; raison de plus sans doute pour que tout le monde s’en préoccupe. Pour cela, il faut rassembler les acteurs, les organiser et faciliter leur mise en commun de l’avenir de la biodiversité au niveau qui est le leur. Plus facile à dire qu’à faire, certes. Il convient donc de commencer par les structures déjà mises en place : plans communaux de développement de la nature, parcs naturels, contrats de rivière, etc … L’enjeu ici consiste à faire partager le diagnostic de la perte de biodiversité au niveau local par les divers partenaires impliqués, afin de voir ensemble, en commun (=« comme un »), la façon la plus « rentable » d’enrayer le phénomène. La difficulté consistera ici sans doute en la recherche des informations pertinentes au niveau local, en ratissant largement les banques de données existantes bien sûr, mais sans doute aussi en lançant des programmes spécifiques à cet objectif en particulier. 7. Assurer le financement de la biodiversité. Y a pas de miracle ! Malgré les réalités, la biodiversité conserve une image de secteur non-marchand, qui plus est de luxe (« Il y a plus important ! ») et généralement réservé à des spécialistes. Lorsque qu’une grande firme investit dans ce secteur, et cela existe, on ne sait jamais trop bien si cela résulte d’une motivation profonde ou si c’est une question « d’image », de « dédouanement ». Qu’importe diront certains : ce sont les résultats qui comptent. Mais si le secteur public, théoriquement non marchand, et suivant en cela les recommandations 2007 de l’examen environnemental de l’OCDE (www.oecd.org), ne met pas à disposition les moyens nécessaires à une prise en charge de la biodiversité au profit du bien-être futur de la collectivité … qui le fera ? Financer la biodiversité aujourd’hui consiste bien souvent à financer la restauration des « erreurs de gestion » du passé, ou plutôt à apurer les coûts de l’inaction dans ce secteur depuis … disons 1973 pour fixer les idées ; cette année là a en effet connu, le 12 juillet, l’adoption de la Loi sur la Conservation de la Nature ! Les décisions sur les moyens sont donc difficiles à prendre aujourd’hui, mais plus on attend, plus elles seront difficiles. Quelles images pour mieux comprendre ? David BROWER (USA : 1912-2000), qu’on peut notamment créditer du sauvetage du Grand Canyon du Colorado menacé par des projets de barrage, fonda, en 1969, les « Amis de la Terre ». Il est à l’origine, avec d’autres, du Mouvement Ecologiste. Il comparait ainsi les derniers 4 milliards d’années que compte la Planète. « Prenons les six journées de la Genèse comme image pour représenter ce qui, en fait, s'est passé en quatre milliards d'années. Jacques STEIN – JUIN 2007 13 Une journée égale donc environ six cent soixante millions d'années. Lundi, mardi et mercredi jusqu'à midi, la Terre se forme. La vie commence mercredi à midi et se développe dans toute sa beauté organique pendant les trois jours suivants. Samedi à quatre heures de l'après-midi seulement, les grands reptiles apparaissent. Cinq heures plus tard, à neuf heures du soir, lorsque les séquoias sortent de terre, les grands reptiles disparaissent. L'homme n'apparaît qu'à minuit moins trois minutes, samedi soir. A un quart de seconde avant minuit, commence la révolution industrielle. Il est maintenant minuit, samedi soir, et nous sommes entourés de gens qui croient que ce qu'ils font depuis un quarantième de seconde peut continuer indéfiniment. » Ces derniers temps, plusieurs autres images ont été proposées à bon escient afin de faire comprendre la situation au grand public. Ainsi, la biodiversité a-t-elle successivement été comparée à un « château de cartes », à un « concerto de Mozart », à un « mur de briques » ou à un « jeu de mikado » ... Dans ce contexte imagé, l’homme, ainsi que toutes les autres espèces présentes sur la Planète, sont respectivement des cartes, des notes de musiques, des briques ou des baguettes de mikado. La perte d’un de ces éléments est sans grande conséquence sur la stabilité ou la cohérence de l’ensemble. Le phénomène prend de l’ampleur quand les éléments qui disparaissent sont les garants du maintien d’un, deux, trois autres éléments, qui disparaissent aussi du même coup ; ou quand ils sont les garants du bon fonctionnement de leur système, ce qui entraîne la disparition de tout le système concerné. Demandez donc à un musicien ou à un maçon ... Il faut donc vraiment éviter de « pousser le bouchon trop loin », ou d’en arriver « à la goutte qui fait déborder le vase ». Bref évaluer sérieusement le fameux « seuil critique » au delà duquel tout sera beaucoup moins réversible encore qu’aujourd’hui. Et notre comportement individuel doit avoir pour effet de retarder au maximum, si pas d’éviter, le moment où le dernier élément (carte, note, brique, baguette, ...),- celui qui maintient la cohérence de ce qui reste-, nous échappera ... Ce qui aurait pour conséquence de faire s’effondrer tout ce qui reste. Des chercheurs ont tenté, non seulement de produire une image plus « parlante » encore de la problématique actuelle, mais en outre de trouver une expression que chacun peut calculer individuellement pour lui-même : « l’empreinte écologique », sensée exprimer la pression de l’homme sur la planète, était née. Selon cette vision des choses, et sans tenir compte des autres espèces (très nombreuses nous le savons !) qui cohabitent sur la planète, chaque être humain dispose d’une capacité moyenne de 1,8 hectare global de Planète. Cela représente la superficie terrestre ou aquatique biologiquement productive dont l’homme a besoin pour sa consommation et pour absorber ses déchets. Sachant qu’actuellement, l’empreinte écologique moyenne mondiale est de 2,2 hectares globaux, on a déjà dépassé de 20 % la disponibilité. En d’autres termes, outre les intérêts du capital « Terre », on grignote aussi le capital luimême, ou encore, on a globalement dépassé le seuil d’utilisation durable des ressources de la planète de 20 %. Et plus on continue à ce rythme, plus on hypothèque notre devenir ! Jacques STEIN – JUIN 2007 14 L’empreinte nous apprend que nous sommes dans le peloton de tête pour ce qui concerne l’utilisation non durable de la planète. On nous affirme que des fruits ont parfois parcouru plusieurs milliers de kilomètres avant d’atterrir dans notre yaourt quotidien et que du poisson frais du jour dans les grandes surfaces nous arrive des grands lacs d’Afrique, portant en eux le drame humanitaire de toute une population ... « Manger des fraises en hiver », pour prendre un exemple au hasard, revient à mobiliser des capacités de production bien loin de chez nous. Mais c’est bien ce genre d’événement qui est comptabilisé dans « l’empreinte écologique ». Par ailleurs, tout qui travaille avec des « moyennes » sait que l’écart autour de cette moyenne peut être plus ou moins important. Qu’on en juge : les USA consomment plus de 10 hectares globaux par personne contre 0,1 en Afghanistan ! La Belgique et le Grand Duché de Luxembourg consomment ensemble 5,8 hectares globaux par personne … Largement au-delà des moyens disponibles par conséquent. Il existe des sites Internet (http://lesoir.ecolife.be notamment) qui permettent de calculer l’empreinte écologique individuelle et donc de rectifier éventuellement le tir de façon globale. On peut aussi inciter les décideurs (communaux par exemple) à calculer l’empreinte de la commune et de mesurer ainsi l’écart entre les disponibilités planétaires (de l’ordre de 1,8 ha par personne et par an) et nos réalités locales. L’indice « Planète heureuse », qui tient compte du degré de « bonheur » des populations et de leur incidence sur l’environnement, nous révèle par contre que nous sommes au milieu de classement pour ce qui est de notre « embarras » sur le sujet (78ème sur 178). La plus heureuse et donc la première classée est la minuscule île de Vanuatu, dans le Pacifique ... Pourvu qu’elle le reste ! On peut ici aussi calculer un indice individuel ! Prise de conscience ? Les dernières revues de l’Environnement en Europe montrent que la majorité des citoyens européens (plus de 70 %) considèrent que les problèmes d’Environnement doivent être mis sur pied d’égalité, par les décideurs, avec les problèmes sociaux et économiques. Et qu’ils sont enclins, individuellement, à changer de comportement ... aux moindres frais possible et si le voisin le fait aussi ! Reste donc à savoir qui va commencer ! On nous explique aussi, depuis 25 ou 30 ans, que le développement socioéconomique et la prise en compte de l’environnement ne sont pas opposés, ni contradictoires ... au contraire, bien au contraire. Et que le développement durable repose sur plusieurs piliers : économique, social, environnemental, culturel. Malgré cela, la société a bien du mal à quitter ses vieux travers et a vite fait de revenir aux approches classiques, verticales et cloisonnées (cfr. Le Plan Marschall wallon) : celles qui « paient » à court terme, mais aussi celles qui sont loin, prises individuellement, d’avoir fait leurs preuves, si ce n’est de manière négative, sur l’environnement. L’environnement, la biodiversité, la nature, le cadre de vie, la qualité de la vie sont des préoccupations qui sont rangées au rayon des accessoires dès que Jacques STEIN – JUIN 2007 15 quelques nuages socio-économiques gris pointent à l’horizon. Alors que tout indique que ce devrait être l’inverse. Bien sûr, à côté de cela, il y a les grands événements, les « décisions » fortes dans le domaine de l’environnement et de la biodiversité : Kyoto, 2010, ... Fortes certes, mais de quoi sont-elles réellement révélatrices ? Prise de conscience ? Minimum minimorum pour le cas où ? Surenchère électoraliste ? Instrumentalisation ? Phénomène de mode ? Y a-t-il vraiment une prise de conscience ? Les membres du G8, sommet des 8 Pays les plus riches du Monde, ont inscrit les changements climatiques à l’ordre du jour de leurs dernières réunions, et notamment le réchauffement de la Planète qui en résulte. Quelques semaines plus tard cependant, on apprenait que le réchauffement climatique pourrait être une « aubaine » pour l’Alaska dans la mesure où la fonte accélérée de la couche de glace rendait les gisements de pétrodollars plus facilement accessible !! Alors ? Objectif ou alibi ? La perte vertigineuse de biodiversité est apparue à l’ordre du jour des Ministres de l’Environnement du G8 le 17 mars dernier. N’est-il pas justifié de se demander sérieusement si le secteur marchand n’a pas trouvé là un « filon » intéressant. Pas l’économie bien sûr, mais la finance ; pas le marché bien sûr, mais la bourse. On ne sera vraiment rassuré que quand les véritables « prises de conscience » livreront les gestes forts et les actes politiques concrets que les citoyens sont en droit d’attendre des décideurs, à tous les niveaux de pouvoir. Pessimisme ? Ou lucidité ? Les indicateurs actuels n’incitent en tout cas pas à verser dans l’optimisme béat ! Cela vaut la peine d’y réfléchir avant de s’endormir. Alors à vous de jouer ! Les actions individuelles L’exercice individuel consiste, en regard de chacune des grandes causes connues de la perte de biodiversité, à imaginer l’une ou l’autre action à laquelle on est susceptible de se tenir à long terme (sinon cela ne sert à rien !). Elles entraîneront certes une petite modification de certaines de nos habitudes, parfois prises inconsciemment … 1. Les changements climatiques, et tout particulièrement le réchauffement de la Planète Le réchauffement peut avoir divers effets sur la biodiversité et notamment provoquer la migration vers le nord d’espèces à la recherche de conditions de développement se déplaçant également, mais aussi la disparition des espèces ne trouvant plus du tout de conditions idéales (les espèces des pôles), mais encore le réveil de plantes « dormantes », qui ne trouvaient pas jusque là les conditions « idéales » pour devenir envahissantes, … Ce réchauffement est dû à un rejet Jacques STEIN – JUIN 2007 16 exagéré dans l’atmosphère de gaz dits à « effet de serre ». L’effet de serre de l’atmosphère nous protège et nous réchauffe comme les parois d’une serre, mais il ne faudrait pas qu’il nous étouffe. En réalité, tous les carburants et combustibles riches en carbone, fossiles (pétrole, gaz, charbon ...) ou non (bois, papier, ...), rejettent ces gaz à effet de serre (particulièrement l’oxyde de carbone ou CO2) dans l’atmosphère via les fumées, les émanations, les vapeurs envoyées dans l’air. Action individuelle utile : diminuer la consommation d’énergies polluantes, soit directement, soit indirectement, en fonction des circonstances et des situations : - trier les déchets afin qu’ils soient recyclés - éviter les déchets inutiles (préférer le vrac, par exemple) - ne pas chauffer 2 litres d’eau quand on n’a besoin que d’une tasse (et mettre le couvercle !) - prendre une douche (chaude !) plutôt qu’un bain (et couper l’eau durant le savonnage !) - éteindre les lumières inutiles et utiliser des ampoules « économiques » (surtout là où la lumière reste longtemps allumée) - arrêter les appareils en veille, lorsqu’ils ne sont plus utilisés avant un certain temps - débrancher les chargeurs qui ne sont pas en train de charger - ne pas chauffer le jardin en combinant radiateur à fond et portes et fenêtres ouvertes - ne pas utiliser les radiateurs comme séchoir à linge - rouler 5 ou 10 Km en dessous de la vitesse limite et limiter l’utilisation de la clim - utiliser les énergies douces et naturellement abondantes (soleil, ...) - sortir les vélos pour les courtes distances - utiliser les transports en commun - faire du co-voiturage - manger les produits du terroir (ceux qui « voyagent » le moins) et « de saison » - etc., etc., etc., ... 2. Les espèces exotiques envahissantes Comme on l’a évoqué déjà un peu avant, des espèces exotiques, c'est-à-dire qui viennent de contrées plus ou moins lointaines par rapport à nos régions, il y en a un peu partout, dans les jardins, les cultures, les élevages, les forêts, le gibier, les étangs, ... Elles sont sans doute recherchées parce que l’homme a besoin de changement (c’est d’ailleurs la société « de consommation » qui l’y pousse). Ou parce qu’on s’est tellement habitué à nos espèces indigènes et sauvages qu’on n’en voit plus ni la beauté, ni l’intérêt. Elles arrivent aussi par inadvertance ! Bref, quelles que soient les raisons pour lesquelles nous sommes entourés d’espèces exotiques, l’enjeu, c’est d’éviter qu’elles ne se disséminent sans contrôle dans la nature et ne deviennent envahissantes au détriment des espèces locales ou des espèces économiquement productives, voire au détriment de notre propre bien-être ! Des catastrophes écologiques et humanitaires ont résulté de la négation de cette réalité : le cas de la Perche du Nil dans le Lac Victoria est symptomatique à cet égard et a même fait l’objet d’un film très recommandable (« Le Cauchemar de Darwin »). Mais le cas de la Jacinthe d’Eau sur le Fleuve Jacques STEIN – JUIN 2007 17 Congo ou du Doryphore, ravageur en provenance du Colorado, sont aussi restés « célèbres » dans les mémoires. Pour limiter les ravages de ce dernier sur les champs de pommes de terre, on a utilisé des tonnes de DDT, insecticide particulièrement nocif pour l’humanité et dont on retrouve encore toujours des traces un peu partout dans les écosystèmes et les espèces (y compris la nôtre), alors que son utilisation est interdite dans nos contrées depuis belle lurette, en l’occurrence dès 1970 en Norvège ! Action individuelle utile : participer à la lutte contre l’envahissement des espèces exotiques : - mettre en oeuvre toutes les actions du point 1. ci avant, puisque une élévation de température pourrait rendre envahissantes des espèces jusqu’à présent « en léthargie » - ne pas relâcher dans la nature, même par bonté d’âme, des espèces animales devenues encombrantes dans le ménage (tortues américaines, par exemple, mais aussi poissons d’ornement, reptiles, perruche ...), mais les remettre aux établissements spécialisés - éviter la dissémination dans la nature d’espèces végétales ornementales en pratiquant à temps des opérations de jardinage utiles (élimination des fleurs après fécondation éventuelle, récolte et destruction des graines produites ...) - ne pas abandonner des déchets de jardin dans la nature (les détruire sur place ou les transporter au parc à conteneurs) - privilégier l’utilisation d’espèces végétales indigènes (notamment dans les pièces d’eau où elles arrivent d’ailleurs toute seules avec un peu de patience) - repérer et localiser les espèces envahissantes « classiques » (berce du Caucase, impatiente de l’Himalaya, ...) et attirer l’attention des gestionnaires des zones ainsi repérées (routes et autoroutes, cours d’eau, voies ferrées, chemin en forêt, ...) - être attentif à l’origine des matériaux amenés dans la propriété (terrassements, ...) - éviter bien entendu de rapporter des animaux ou des plantes d’un voyage à l’étranger - etc., etc., etc., ... 3. La dégradation physique et chimique des habitats et des populations d’espèces sauvages Les remembrements, l’urbanisation, les grandes infrastructures de communication, l’utilisation intensive du vivant, la surexploitation des ressources disponibles (le sol notamment), la surutilisation de produits chimiques, … ont mis à mal le continuum qui prévaut naturellement, au gré des conditions du milieu, sur un territoire : les habitats ont été fractionnés, les populations d’espèces ont été fragmentées, les couloirs de migration ont été murés, ...Ils ont aussi pollué de nombreux habitats devenus désormais hostiles pour les espèces sauvages. Action individuelle utile : apporter sa pierre à la re-édification du continuum de la biodiversité et à la restauration de la qualité des habitats, pour peu évidemment qu’on dispose d’un espace approprié : Jacques STEIN – JUIN 2007 18 - réduire (ne pas dépasser les doses indiquées), éviter, voire proscrire complètement l’utilisation des produits chimiques et des huiles minérales (pesticides, engrais, amendements, huile de tronçonneuse, ...), au profit de l’huile de bras, du travail mécanique, des recettes de grand-mère, des huiles végétales ... - ne pas jeter n’importe quoi dans l’évier - laisser un espace « à la disposition de la biodiversité » avec des interventions « de confort » limitées, voire pas d’intervention du tout - utiliser des espèces indigènes « porteuses de biodiversité », notamment pour les haies vives (saules, chênes, hêtre, merisier, prunellier, bouleaux, aulne, ...) - laisser les pièces d’eau être recolonisées naturellement ; y éviter l’adjonction de poissons voraces, véritables pièges pour les pontes de batraciens - laisser du bois mort - organiser la présence éventuelle de chauves-souris, d’hirondelles, de martinet, voire favoriser leur installation - ne pas lésiner sur les arbres fruitiers - ne pas surtondre les étendues herbeuses - etc., etc., etc., ... 4. Et enfin, en matière de communication Les animateurs, les enseignants, les formateurs, les guides, … doivent conscientiser les jeunes (surtout les adolescents) et les adultes aux problèmes actuels de la biodiversité. Non seulement en attirant l’attention sur les menaces qui pèsent sur les services rendus par les écosystèmes et donc sur leur contribution à notre bien-être, mais surtout en rappelant à l’homme qu’il fait partie de la biodiversité et qu’il échoit à son intelligence d’accompagner au mieux l’évolution de l’ensemble des espèces avec lesquels il cohabite et dont il dépend quasi entièrement au quotidien. En guise d’épilogue, rappelons-nous que si nous avons besoin, au quotidien, de la biodiversité pour satisfaire la quasi totalité de nos besoins, la biodiversité, elle, peut facilement se passer de nous. Merci à Pierrette RIXHON, Delphine GOFFAUX et Pascal PETIT d’avoir bien voulu relire et améliorer ce texte. Jacques STEIN – JUIN 2007 19 VOUS TROUVEREZ EGALEMENT DANS CETTE BROCHURE UN « FORMULAIRE D’ENGAGEMENT » AFIN D’ACCOMPLIR UN PREMIER GESTE OU DE CONFORTER LES GESTES DEJA DEVENUS QUOTIDIENS. CE FORMULAIRE EST EGALEMENT DISPONIBLE SUR LE WEB : http://genevrier.be/genevrier3/welcome/index.php MERCI DES A PRESENT !! LA LISTE DE REFERENCES CI-APRES VOUS APPORTERA ENCORE BIEN D’AUTRES IDEES D’ACTIONS INDIVIDUELLES ... - Evaluation du millénaire des écosystèmes ONU, 2005, http://www.millenniumassessment.org - « Le » site de Al Gore : http://www.climatecrisis.net/ - Compte à rebours - Countdown 2010 (02/739.03.20) – www.countdown2010.net - Greenfacts (02/211.34.88) – www.greenfacts.org - UNEP (Programme des Nations-Unies pour l'Environnement) (0044/1223 277314) – www.unep.wcmc.org - La Convention sur la Diversité Biologique : http://www.biodiv.org/default.shtml - http://chge.med.harvard.edu/ - UICN (Union mondiale pour la nature) (02/732.82.99) – www.iucneurope.org - EECN (Réseau européen de communication environnementale) – http://ec.europa.eu/environment/networks/index_en.htm - Faites un geste pour l'environnement ! 2005 – Office des publications de la Commission européenne – http://publications.eu.int ; http://europa.eu.int - Ministère de l’écologie et du développement durable (France) : les gestespourquoi et comment agir ? http://160.92.130.85/spip.php?rubrique6 ; http://www.biodiversite2007.org/rubrique.php3?id_rubrique=14 - Actions individuelles - http://nature-namur.be - Semences indigènes de plantes sauvages - http://www.ecosem.be - Dix gestes pour arrêter la perte de biodiversité (Green 10) – http://www.panda.org/epo - www.environnement.wallonie.be et notamment de nombreuses publications téléchargeables (dont les normes de gestion pour favoriser la biodiversité dans les bois soumis au régime forestier) - L'empreinte écologique – www.footprintnetwork.org ; www.ecofoot.org ; http://eea.eu.int ; www.panda.org/livingplanet ; www.iclei.org ; www.wed2005.org ; http://lesoir.ecolife.be - Calculez votre impact sur l’environnement – www.test-achats.be Jacques STEIN – JUIN 2007 20 - Les invasions – www.sciencesnaturelles.be/biodiv ; www.bombylius.be ; - Espèces envahissantes (Forum sur Invasive Species) - http://www.biodiversity.be ; http://ias.biodiversity.be/ - http://ec.europa.eu/environment/climat/campaign/switchoff_fr.htm - Energie verte – www.greenpeace.org/electriciteverte ; www.greenpeace.org/guide-energie - Assemblée des jeunes wallons pour l’environnement – http://www.assembleedesjeunes.be - www.reseau-idee.be - info@coccinelles.be - www.defipourlaterre.be - www.lamediatheque.be - http://www.crie.be - www.ecoconso.be
En ligne : 6 visiteur(s) - 0 membre(s) :
Nb de visiteurs depuis le 01 novembre 2001:250968
Nb de visiteurs aujourd'hui:91
Nb de connectés:9