Liquidation totale! Tout doit disparaître. Éditorial par Jacques Stein. Trimestriel 4-17.

LIQUIDATION TOTALE ! TOUT DOIT DISPARAÎTRE…

Jacques STEIN

Il ne se passe pas une semaine sans qu’un rapport, alarmant ou simplement constatant, ne vienne troubler les consciences en matière de Biodiversité ou de climat…

Un des derniers en date a été publié le 25 septembre 2017 par l’Académie française des Sciences. Après le constat principal : « parmi les 85.600 espèces animales et végétales (une fraction seulement du total) recensées par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), environ 24.300 sont considérées comme menacées d’extinction. Notamment à cause de l’agriculture intensive, la déforestation, l’urbanisation, la surexploitation des ressources, les espèces invasives », le rapport prône le développement d' »observatoires de la biodiversité », en lien avec la recherche fondamentale et la modélisation de scénarios : biologie et sciences de la vie manquent de données d’observations, passées de mode mais redevenues indispensables avec l’inconnue climat. Il préconise aussi un rapprochement avec la santé publique, devant le risque d’essor de pathologies liées au réchauffement.

Le rapport appelle aussi à renforcer l’éducation pour préparer la société aux bouleversements de la biodiversité. Les gens « ont une conscience molle de la biodiversité », soulignent les coordonnateurs du rapport : « ils n’en connaissent pas vraiment les impacts sur leur vie ». Or l’Homme dépend d’écosystèmes qui lui fournissent eau et nourriture, stabilisent les sols, etc.

Parmi les autres recommandations : revoir les politiques agroforestières et envisager une « migration assistée » par plantation d’essences adaptées pour limiter le risque de dépérissement. Et puis limiter les autres facteurs de dégradation, par exemple via des quotas de pêche ou des aires marines protégées…

On sait toutefois aujourd’hui que, non seulement le déclin des espèces, mais aussi la diminution des populations notamment d’espèces communes, doivent nous inquiéter.

A Paris, l’état des populations de moineaux est suivi depuis 2003 , à l’initiative du Centre Ornithologique d’Île-de-France (CORIF) et de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO).
Bilan : la population de moineaux s’effondre. Entre 2003 et 2016, le déclin est de l’ordre de 75%. Ce constat résulte à l’évidence d’un cocktail de causes, notamment liées au contexte urbain, qu’il faut identifier pour pouvoir espérer inverser la tendance.

« Quoi qu’il en soit, le signal est sérieux. Le Moineau domestique est une espèce dite « commensale » d’Homo sapiens, nous accompagne et dépend de nos activités probablement depuis le Paléolithique. Son déclin peut être pris comme un avertissement : si même les oiseaux qui dépendent de nous se mettent à disparaître, il y a lieu de prendre la chose au sérieux ».

Selon un article publié le 29 juillet dernier dans les comptes-rendus de la « National Academy of Sciences of the United States of America » , la disparition des grands animaux est due à la pêche, régulée ou non, la chasse, le piégeage pour la consommation de viande, l’utilisation de certaines parties des grands animaux pour des motifs médicinaux, de croyances, de traditions « culturelles », et les autres massacres, intentionnels ou non, …. En ce qui concerne les petits animaux vertébrés, il faut rechercher les causes dans la perte et la modification des habitats.

D’une certaine manière, toutes les espèces vertébrées pourraient disparaître « grâce » à nos nombreuses activités ayant un impact négatif sur la Biodiversité, tout particulièrement celles qui visent les habitats d’eau douce.

Quant aux insectes, une étude allemande, qui a fait le tour de la « toile », dévoile que plus de 75% d’entre eux ont déjà disparu ou sont menacés.

D’aucuns pensent que nous traitons la planète comme une grande « liquidation totale » de toutes sortes de formes de vie. Tout doit disparaître ! Parfois avec arrogance et cupidité…

Par ailleurs, complète Nicole HUYBENS (dont nous reprenons régulièrement les chroniques dans nos colonnes), « la nature n’est pas un immense supermarché. Elle n’est pas un problème à résoudre ! Elle est un mystère à comprendre, une existence à révérer, un bonheur à parcourir »…

Toutefois, même si on peut constater que l’effort de sensibilisation augmente, notamment dans les médias (et avec tous les raccourcis et tout le spectaculaire que cela suppose), on peut aussi se demander si cet effort est suffisamment entendu pour pouvoir passer à des actions concrètes et efficientes pour la Biodiversité.

On a plutôt l’impression que l’humanité est atteinte de surdité dans ce contexte. Mais il y a peut-être de quoi !

Notre cerveau, nous dit le neuroscientifique Martin MEYER , est programmé pour la survie immédiate : se nourrir et éviter les dangers… comme à l’Âge de la Pierre ! Comment dès lors s’étonner que l’homme réagisse à ces problèmes lointains avec ignorance et passivité. Incapable d’appréhender la portée des évolutions à long terme et sans doute aussi à longue distance !

Il y a évidemment des exceptions dont les scientifiques et les naturalistes, notamment, font partie. Mais tout cela engendre finalement au moins deux catégories d’individus vis-à-vis des changements planétaires annoncés : des indifférents non délibérément inconscients et des frustrés de constater que « rien n’avance »…

Les décideurs, publics et privés, élus et non élus, pourraient sans doute influencer favorablement l’avenir du vivant sur la Planète. Mais tant qu’il ne viseront que l’avenir économique et financier de la Planète (du moins de la partie de celle-ci où « on vit bien »), on ne peut guère s’attendre à de nombreux résultats positifs…

Le Genévrier continuera donc à sensibiliser, à informer, à éduquer sur ces problèmes et à faire régulièrement le point sur l’état de la question

[1] Info de Up Magazine : http://up-magazine.info/index.php/planete/biodiversite/6951-l-academie-des-sciences-tire-la-sonnette-d-alarme-sur-la-biodiversite#.WcuLo3XCLdA.facebook  et
http://www.academie-sciences.fr/fr/Rapports-ouvrages-avis-et-recommandations-de-l-Academie/mecanismes-adaptation-biodiversite-aux-changements-climatiques.html
[2] http://www.natureparif.fr/observer/observatoires-et-suivis-naturalistes/1708-le-declin-des-moineaux-a-paris-enfin-quantifie?utm_source=activetrail&utm_medium=email&utm_campaign=IN%20120
[3] Voir aussi : http://www.pnas.org/content/114/30/E6089.full
[4] « Extinction risk is most acute for the world’s largest and smallest vertebrates » : William J. Ripplea, Christopher Wolfa, Thomas M. Newsomea, Michael Hoffmanne, Aaron J. Wirsingd, and Douglas J. McCauley.
http://www.pnas.org/content/114/40/10678.abstract
[5] Institut de Psychologie de l’Université de Zurich, in  la revue « Environnement », 3/2017, de l’Office Fédéral Suisse de l’Environnement.