Les zones humides au secours de l’eau…

Les zones humides au secours de l'eau...

Il est urgent de reconnaître que les zones humides offrent des solutions naturelles à la crise mondiale de l’eau
Un rapport sur l’économie des écosystèmes et de la biodiversité pour l’eau et les zones humides prône un changement radical d’attitude vis-à-vis des zones humides, pour reconnaître leur rôle majeur en matière d’approvisionnement en eau, matières premières et aliments, essentiel à la vie et crucial pour le maintien des moyens de subsistance des populations et la pérennité des économies mondiales.
Genève, Suisse | 1er février 2013.
Le rapport intitulé L’économie des écosystèmes et de la biodiversité (TEEB) pour l’eau et les zones humides, a été présenté aujourd’hui, à l’occasion de la Journée mondiale des zones humides, par le Secrétariat de la Convention de Ramsar, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), l’Institut pour une politique environnementale européenne (IEEP), l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Wetlands International et le Helmholtz Centre for Environmental Research (UFZ) avec l’appui de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) de la Confédération suisse et du Secrétariat du Réseau environnement de Genève (GEN).
Le rapport propose une réflexion sur les services écosystémiques relatifs à l’eau qui sont d’importance vitale pour encourager le renforcement de la volonté politique, de l’engagement du secteur privé et de l’investissement dans la conservation, la restauration et l’utilisation rationnelle des zones humides. Il explique comment le fait de reconnaître, démontrer et apprécier les valeurs des services écosystémiques relatifs à l’eau et aux zones humides peut contribuer à une prise de décisions éclairée, plus efficace et plus juste.
Par exemple, grâce à des pratiques de gestion améliorées de l’eau, le lac Ichkeul, en Tunisie, a pu être restauré et le nombre de touristes a doublé depuis 2005. La promotion du lac en tant que destination touristique a contribué à sensibiliser aux valeurs des écosystèmes lacustres et à l’importance de l’utilisation rationnelle des zones humides. Elle a aussi généré de nouvelles sources de revenu pour la gestion du parc et la conservation et a permis d’établir des structures de formation et de crédit de base pour améliorer la participation des communautés locales aux activités de tourisme. « Ce sont les pauvres qui souffrent le plus de l’érosion de la diversité biologique parce que leur survie dépend d’une nature prospère. Lorsque nous détruisons les zones humides, nous bouleversons le cycle naturel de l’eau et sa capacité de fournir l’eau dont ont besoin les foyers et les fermes. Ainsi, sans le vouloir, nous ajoutons aux souffrances des plus démunis. Le présent rapport renforce le message qui proclame que la restauration et la protection des zones humides sont vitales si l’on veut relever les défis les plus pressants de l’heure – la sécurité alimentaire et de l’eau, les changements climatiques et la pauvreté. « L’économie des écosystèmes et de la biodiversité pour l’eau et les zones humides » appelle les décideurs du domaine du développement à reconnaître les valeurs de ces écosystèmes et à mettre en place des réponses politiques en faveur de la conservation et de la restauration des zones humides » déclare Pavan Sukhdev, chargé de l’étude TEEB, ambassadeur de bonne volonté du PNUE et actuellement président du Conseil consultatif TEEB.
Le rapport TEEB renforce le message de la Journée mondiale des zones humides de cette année, à savoir que, même s’il est évident que les zones humides apportent des avantages incommensurables à la population – de l’eau potable propre, de l’eau d’irrigation pour l’agriculture, le moyen de maîtriser les crues ainsi que de soutenir la biodiversité et des industries telles que la pêche et le tourisme dans bien des endroits – leur valeur est encore sous-estimée et l’on continue de les dégrader ou de les détruire à un rythme alarmant. On estime que 50% des zones humides auraient disparu au 20e siècle et que leur disparition est imputable à des facteurs tels que la production agricole intensive, l’extraction d’eau pour les besoins domestiques et industriels, l’urbanisation, le développement industriel et infrastructurel et la pollution.
« Sur cette planète, chaque être humain dépend de l’eau pour vivre, pour ses moyens d’existence ou ses affaires et les zones humides côtières et intérieures sont l’infrastructure naturelle qui gère et fournit l’eau dont nous avons tous besoin » assure Nick Davidson, Secrétaire général adjoint de la Convention de Ramsar. « Ce rapport ne fait que confirmer l’extrême importance des dernières zones humides pour chacun d’entre nous; pourtant, nous continuons de les détruire, et cela de plus en plus à nos risques et périls. »
« Le rapport TEEB établit clairement que l’investissement dans l’infrastructure naturelle que sont les zones humides s’inscrit de façon vitale dans l’agenda du développement futur pour l’eau. Les solutions permettant d’assurer la sécurité de l’eau sont plus efficaces lorsque le génie humain durable est associé aux services fournis par des écosystèmes en bonne santé » déclare Mark Smith, Directeur du Programme mondial pour l’eau de l’UICN. Le rapport contient des recommandations pratiques précises adressées à tous les acteurs, à tous les niveaux, politiques et décideurs du secteur public et du secteur privé, sur les moyens d’intégrer les valeurs des zones humides dans le processus décisionnel.
« L’utilisation rationnelle et la restauration des zones humides soutiendront les objectifs fondamentaux de la sécurité de l’eau, de la sécurité alimentaire et aideront à lutter contre les changements climatiques, à économiser l’argent public et l’argent privé et à soutenir les moyens d’existence » affirme Patrick ten Brink, Attaché de recherche senior, Directeur du bureau de Bruxelles et du Programme pour l’économie de l’environnement (IEEP). Pour citer un autre exemple, aux Philippines, le Parc naturel du récif de Tubbataha, un Site Ramsar et Bien du patrimoine mondial, fut créé en 1988 avec des zones non exploitables pour la pêche car la pêche destructrice menaçait de plus en plus la fonction du récif en tant que nurserie pour la mer de Sulu. Or, les pêcheurs n’étaient pas convaincus des avantages d’une zone non exploitable et, malgré l’interdiction, réclamaient le droit d’exploiter les ressources à l’intérieur du parc. En 1999, un atelier réunit tous les groupes intéressés – les protecteurs de la nature mais aussi les pêcheurs. Il fut décidé de faire payer aux touristes un droit pour la conservation qui sert à gérer l’aire protégée, à compenser les pêcheurs et à financer des initiatives d’emploi pour les communautés de la région. Depuis, la zone non exploitable a été respectée et la biomasse de poissons a augmenté aussi bien à l’intérieur du parc qu’à l’extérieur.
Il est essentiel de mieux apprécier les valeurs, pour la société, des services écosystémiques relatifs à l’eau fournis par la nature et l’ensemble des services écosystémiques des zones humides pour catalyser les réponses appropriées du monde politique et du monde des affaires. « La dégradation et la perte des zones humides sont large