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Quels sont nos rapports à la Biodiversité ? Éditorial trimestriel 03-18 par Jacques STEIN.

Conscients, préoccupés, inquiets, concernés au quotidien, … mais peu informés, peu engagés et peu en contact régulier avec la Nature : voilà comment on pourrait qualifier une très large majorité de citoyens selon un tout récent sondage mené en France à l’occasion de la Fête annuelle de la Nature (Eh oui, ils ont au moins cela là-bas !)[1]. Ces caractéristiques pourraient sans aucun doute aussi être appliquées aux citoyens wallons…
Cette large majorité de citoyens pense également que la Biodiversité devrait être une véritable préoccupation gouvernementale, voire une cause nationale, et que le système éducatif ne sensibilise pas suffisamment les enfants aux enjeux de la Biodiversité et de sa préservation. Mais cette large majorité n’est toutefois membre d’aucune association de Protection de la Nature et n’a jamais participé à une balade « encadrée » par des connaisseurs de la Biodiversité…
L’enquête ne dit rien par ailleurs sur les perceptions qu’ont ces citoyens sur la Biodiversité ! Sauvage ou maîtrisée ? Herbes folles ou interventions fréquentes ? Exploitation ou plaisir des sens ? Utilitaire ou à préserver ? Un peu de tout ?
Ce qui est sûr, c’est que si les « gouvernants », à quelque niveau que ce soit, en parlent, peu en font, si ce n’est de manière très marginale. Alors que de tous les coins de la Planète déferlent des appels à en faire beaucoup plus que le train-train actuel des petites actions sans grande envergure…
Et, sans un grand engouement citoyen, la situation ne changera pas.
Donc : la situation ne changera pas !
Les gouvernants en resteront au minimum minimorum pour donner l’impression que…, mais sans plus. Face à la dégringolade (pourtant largement avérée) de la Biodiversité, ils nous présenteront de beaux bilans avec TOUT ce qu’ils ont déjà fait et TOUT ce qu’ils VOUDRAIENT faire, … du moins s’ils sont sollicités pour !
Car, malgré les rapports qui s’accumulent, les alertes venant de tous horizons, les manifestes, les points de basculement qui approchent, il n’y a toujours pas de dynamique propre à la Biodiversité, pas de plan d’action voté et appliqué, pas de stratégie vis-à-vis des espèces en danger ou des sites à mettre sous statut de protection (sites précis, échéances, moyens consacrés, …), … Bref, peu d’ambitions en général.
En conclusion : si,  pour résoudre la crise de la Biodiversité, les rapports à la Biodiversité de la grande majorité d’entre nous doivent encore être considérablement améliorés, … il serait grand temps de s’y mettre et d’y mettre les moyens qui s’imposent!

[1] https://fetedelanature.com/fil-d-infos/le-rapport-des-francais-la-nature

Présentation du séminaire 2018

Séminaire 2018 du Genévrier ASBL

Le séminaire annuel du Genévrier aura lieu à Saint Roch (Ferrières) le samedi 13 octobre prochain de 08.45 à 17.00 (buffet-sandwiches sur place à midi).

Le programme.

Nous accueillerons tout d’abord Cécile BOLLY. Médecin et enseignante à la Haute Ecole Robert Schuman de Libramont et à la Faculté de médecine de l’UCL, Cécile BOLLY est aussi guide-nature, photographe et écrivain.
Elle est passionnée par les arbres, qu’elle aime rencontrer dans la solitude, mais qu’elle aime aussi faire découvrir par des promenades guidées, par des stages, par des livres ou encore des expos-photos.
Sa bibliographie est impressionnante avec, si on ne s’en tient qu’aux arbres :

  • Paroles d’arbres, Ed. Weyrich, Neufchâteau, 2002
  • Photos pour le livre « 777 arbres. Plaidoyer pour les tilleuls, paru aux Ed. Weyrich, Neufchâteau, 2006
  • Magie des Arbres, Ed. Weyrich, Neufchâteau, 2008
  • Arbre mon frère, Weyrich, Neufchâteau, 2013

Et aussi plusieurs livres sur l’éthique, les valeurs, la dignité, la solidarité,…, dont le dernier en date :  » La solidarité: une évidence ou un combat ? Essai collectif, Weyrich Édition, coll. Printemps de l’éthique, Neufchâteau, 2018. »
Lors du séminaire, Cécile intégrera ses expériences pour aborder les différentes manières dont la nature peut influencer la santé de l’homme, au sens global : aromathérapie et phytothérapie, sylvothérapie et bains de forêt, walking-therapy, et « pleine conscience dans la nature ».

Nous accueillerons ensuite Philippe WEGNEZ.
Il collabore aux travaux du Muséum national d’histoire naturelle de Luxembourg au Département « Zoologie des invertébrés ». Philippe poursuit des recherches en   Zoologie, Écologie et Entomologie. Il mène de nombreux inventaires sur les fourmis de nos régions mais aussi du Luxembourg et de France (Corse). Il est co-auteur de l’Atlas des fourmis de Belgique, de Corse et du Luxembourg.  Et de livres consacrés aux fourmis de Wallonie, de France et plus largement d’Europe occidentale. Il fait partie de l’Association francophone belge pour le recensement des espèces de fourmis présentes en Wallonie et Bruxelles
On signalera rien que pour 2018 :

  • Première découverte d’Anergates atratulus (Schenck, 1852) dans la province du Hainaut, en Belgique (Hymenoptera : Formicidae). Philippe Wegnez et David Ignace
  • Introduced ants (Hymenoptera: Formicidae) of mainland France and Belgium, with a focus on greenhouses
  • Blatrix, Théotime Colin, Philippe Wegnez, […], Philippe Geniez
  • Inventaires des fourmis au Luxembourg en vue de publier le premier atlas des fourmis luxembourgeoises, communication présentée en mars 2018 lors de la 35e réunion annuelle des collaborateurs scientifiques du Musée national d’histoire naturelle. Et il nous entretiendra également des guêpes…
    Contrairement à leurs cousines les abeilles, les guêpes sont les insectes mal-aimés par excellence. Ne seraient-elles vraiment que des animaux qui piquent et gâtent les prunes ? Il a rédigé un bel article intitulé « Le château de papier » paru dans Natagora, 25, 2008, 20-23.
    Par ailleurs, un article récent paru dans la Meuse (août 2018) évoquait en parlant de lui un métier insolite : « dératiseur écolo »…En fin de journée nous accueillerons Bertrand HOC, Ingénieur Agronome, doctorant à l’Ulg (Gembloux Agro-Bio tech), au Département d’entomologie fonctionnelle et évolutive.
    La population mondiale ne cesse d’augmenter. Nous devons par conséquent nous adapter afin d’apporter aux consommateurs de nouvelles façons de se nourrir tout en assurant une sécurité alimentaire et une sécurité sanitaire. Offrir une production durable reste un défi de taille. Pour ces raisons, de nouvelles méthodes de production ainsi que de nouveaux aliments doivent être mis en avant.
    C’est dans cette optique que le projet d’élevage écologique d’insectes proposé par l’Unité d’Entomologie fonctionnelle et évolutive du Prof. Francis Frédéric de Gembloux Agro-Bio Tech (ULg), a été développé. Les insectes offrent principalement deux avantages pour une consommation humaine :

    • ils ont une faible incidence sur l’environnement avec leurs taux de conversion alimentaire élevés, une faible production de gaz à effet de serre et ont besoin d’une utilisation limitée d’eau, d’une superficie d’élevage réduite, etc.
    • ils procurent pour le corps humain une source d’acides aminés essentiels, ils sont faibles en cholestérol, etc.

    À l’heure actuelle, l’entomophagie (la consommation d’insectes par l’espèce humaine) reste une pratique délicate à intégrer dans notre mode de vie. Il existe néanmoins d’autres façons de bénéficier des bienfaits que peuvent nous offrir les insectes comme le passage par un animal d’élevage plus classique comme la poule ou la truite. C’est donc à destination de ceux-ci que la mouche du soldat noir (Hermetia illucens) est produite à la Faculté. Les animaux nourris avec ce procédé rentreront alors dans la boucle de la consommation humaine.

    La suite lors du séminaire…

    Bienvenue à tous !

La Nature et Nous ! Éditorial Trimestriel 02-18 par Jacques STEIN.

La Nature et Nous !

Par Jacques STEIN.

Fin mai – début juin 2018, la Nature nous a à nouveau rappelé l’impuissance de l’Homme face à des éléments qu’il ne maîtrise absolument pas : orages violents, productions agricoles détruites par la grêle, pluies diluviennes, rivières déchaînées, coulées de boue, caves et commerces inondés, …la liste est longue !

Mais on peut ne pas rester sans rien faire quand même ! Notamment en respectant « pour du vrai » les engagements pris en matière d’impacts sur le climat (diminution des émissions du CO2 et autres GES[1], énergies renouvelables, économies d’énergie, incitation à une meilleure isolation des bâtiments, maintien des espaces boisés, mesures préventives anti-coulées de boue, reconstitution du maillage bocager, …).

En ce qui concerne la partie vivante de la Nature, la Biodiversité, il serait grand temps également de prendre sérieusement les choses en main. La débauche de Journées Mondiales ou Internationales ou Européennes de  la Biodiversité, des forêts, des espèces menacées, de la vie sauvage, des zones humides, de Natura 2000, des abeilles, … nous interpelle. Pourquoi toutes ces Journées si tout va bien ? N’est-ce pas plutôt mauvais signe ? Ou en tout cas le signe que des politiques, des stratégies doivent être mises en route au plus vite.

Certes, il faut admettre, et c’est quand même relativement nouveau dans de telles proportions, que les médias répercutent de plus en plus fréquemment les informations relatives à la Biodiversité, tant au niveau des actions positives que des rapports alarmants…

Ainsi, en mars dernier, lorsque, à la suite de la publication des Rapports de la Plateforme Intergouvernementale pour la Biodiversité et les Services Ecosystémiques (IPBES)[2], 270 scientifiques belges appellent notre Gouvernement à sauvegarder la Biodiversité.

Et il y a de quoi en effet… « Selon les évaluations, préparées par plus de 500 experts internationaux provenant de plus de 100 pays, la situation est sombre. Par exemple, l’évaluation régionale pour l’Europe et l’Asie Centrale montre que dans notre région, la population d’environ la moitié de tous les animaux et plantes marins (pour laquelle nous avons des données) a diminué au cours de la dernière décennie. Les espèces d’eau douce subissent également une pression énorme, car les rivières, les ruisseaux, les lacs et les étangs dans lesquels ils vivent sont les habitats les plus menacés en Europe et en Asie centrale. Les espèces et les écosystèmes terrestres ne sont pas épargnés : seuls 16% des habitats terrestres de l’Union européenne ont un statut de conservation favorable (sur la période 2007-2012). Depuis les années 1980, l’abondance des espèces d’oiseaux des terres agricoles a diminué de 57% en Europe occidentale et centrale, et la diversité de nos cultures agricoles a également considérablement diminué. Globalement, les plantes et les espèces animales disparaissent actuellement entre 100 et 1000 fois plus vite que le taux d’extinction naturel ; ce que certains scientifiques appellent le début de la sixième extinction de masse ».

Rappelons une fois encore que « la Biodiversité est reconnue mondialement comme la pierre angulaire des écosystèmes sains. Elle constitue la base de tous les «services» produits par la nature. Ces « services écosystémiques » nous fournissent de la nourriture et des médicaments, offrent les matières premières nécessaires à l’activité économique et à l’innovation, permettent toute une gamme d’activités de loisirs, nourrissent nos besoins spirituels et inspirent nos créations artistiques. La biodiversité offre également des services de régulation tels que la production d’oxygène dans l’atmosphère, la régulation de la qualité de l’air, la régulation du climat, la purification de l’eau, la fixation de l’azote dans nos sols et la pollinisation. De plus, la biodiversité nous rend plus résistants et résilients. Alors que la biodiversité disparaît, les écosystèmes deviennent moins résilients et tous les services qu’ils offrent disparaîtront également. La biodiversité a aussi une valeur intrinsèque : les espèces sont le produit d’un long processus évolutif, et elles ont donc le droit de continuer à exister, qu’elles soient ou non utiles à l’homme ».

On connaît les grandes causes de l’érosion de notre patrimoine de la Biodiversité : l’intensification de notre agriculture, le changement climatique, le développement urbain, la surexploitation et l’utilisation non-durable des ressources naturelles, la pollution de l’air, des terres et des eaux, le nombre croissant des espèces invasives et leur impact, etc. Tous ces facteurs étant largement interconnectés.

Pour renverser la vapeur, une série de recommandations : l’intégration plus efficace de la diversité biologique parmi un ensemble de secteurs, de politiques et d’acteurs, grâce à une sensibilisation accrue, à une définition plus claire des objectifs politiques et à une meilleure conception et utilisation des instruments politiques. Mesurer le bien-être national au-delà des indicateurs économiques actuels, et utiliser des réformes fiscales écologiques qui offrent des incitations claires à passer au développement durable. Accroître l’intégration d’un large éventail de parties prenantes dans les processus de gouvernance, ainsi que des financements adéquats provenant de sources publiques et privées afin de renforcer les capacités institutionnelles et la recherche.

Les 270 scientifiques belges concluent : « L’avenir de l’homme dépend de la biodiversité. Il est temps que nous en fassions tous la plus haute priorité ».

Bon ! Et puis ?

Il semble clair qu’il faille prendre des mesures urgentes pour la sauvegarde de la Biodiversité. Oui ! Bon ! Mais est-ce bien pour nous tout ça ?

Ben oui ! Ainsi qu’en témoigne le rapport sur l’Etat de l’Environnement wallon 2017[3], notamment son chapitre consacré à la Biodiversité.

« Sur la période 2007-2012, l’état de conservation des habitats naturels d’intérêt communautaire est considéré comme défavorable pour 88% du nombre d’habitats concernés en région biogéographique continentale (RBC) et pour 96% en région biogéographique atlantique (RBA).
En ce qui concerne les espèces, l’état de conservation est considéré comme défavorable pour 63% du nombre d’espèces concernées en RBC et pour 71% en RBA. En outre, selon les listes rouges établies pour différents groupes d’espèces, 31% des espèces animales et végétales étudiées sont menacées de disparition à l’échelle de la Wallonie et près de 9% ont déjà disparu du territoire régional selon les évaluations réalisées sur la période 2005-2010.
Chez les poissons, les reptiles, les papillons de jour et les libellules, plus de la moitié des espèces sont en situation défavorable.
 L’objectif européen de stopper le déclin de la biodiversité à l’horizon 2010 n’a donc pas été atteint en Wallonie.
En ce qui concerne l’avifaune, les populations d’oiseaux communs sont globalement en diminution sur le long terme ; les espèces des milieux agricoles sont celles qui ont montré la diminution la plus flagrante. Un nouvel indicateur fait état de l’impact croissant des changements climatiques sur les populations d’oiseaux. Parmi les autres pressions exercées sur les habitats et espèces, les plus fréquemment identifiées sont l’intensification agricole, la fragmentation et l’artificialisation des habitats, l’incidence de pollutions comme l’eutrophisation et la présence d’espèces exotiques envahissantes ». Sans parler de l’azote eutrophisant, ou des forêts (dans lesquelles on n’arrive pas à atteindre le taux de bois mort recommandé en 2008, ce qui ne semble pourtant pas si dur, ni la quantité de gros arbres ou la diversité des espèces ligneuses, ni l’équilibre forêt-gibier dont on nous rabâche les oreilles depuis des décennies, en plus des phénomènes de défoliation et de décoloration du feuillage), ou de la fragmentation des cours d’eau, …

Mais les chauves-souris wallonnes semblent aller mieux ! Tandis que les moineaux bruxellois ont disparu à raison de 95% de leurs effectifs…

Difficile d’imaginer dans ces conditions qu’on va atteindre les objectifs de la pourtant peu ambitieuse[4] Stratégie Européenne (il n’y en a pas en Wallonie) de la biodiversité pour 2020 qui vise à protéger et améliorer l’état de la biodiversité et diminuer les pressions les plus fortes.

Ce qu’il faut évidemment, c’est une vraie politique wallonne de la Biodiversité reposant sur une vraie stratégie wallonne de la Biodiversité. Pas de stratégie, pas de politique !

 

[1] Gaz à effet de serre

[2] L’IPBES est à la Biodiversité ce que le GIEC est au climat.

[3] http://etat.environnement.wallonie.be/home.html

[4] http://www.iewonline.be/Strategie-biodiversite-les-molles-ambitions-de-l-Europe

Le Genévrier et la Société Botanique de Liège.

Le Genévrier et la Société de Botanique de Liège s’associent pour offrir à leurs membres des activités et des publications complémentaires (voir ci-après) …

Il y a au moins 2 raisons pratiques au versement de votre cotisation :

-Nous pouvons commander un nombre d’exemplaire suffisant auprès de l’imprimeur

-Nous pouvons vous envoyer le Feuille de Contact au tarif réduit des périodiques (sinon, c’est le tarif plein quand on régularise).

En résumé :

Si vous souhaitez devenir ou rester membre du Genévrier, la cotisation est de 20€

Si vous souhaitez devenir membre des 2 associations, la cotisation globalisée est de 35€, au lieu de 30€ (en mentionnant bien qu’il s’agit des 2 associations)

Si vous avez déjà versé la cotisation du Genévrier, vous pouvez verser le complément de 15€ en mentionnant qu’il s’agit d’une affiliation complémentaire à la Société de Botanique de Liège.

Activités de la Société Botanique en 2018 et début 2019.
Programme des activités mycologiques 2018-19

Dimanche 16 décembre 2018 :
Excursion mycologique d’une demi-journée au Bois Saint-Paul à Ivoz-Ramet.
Rendez-vous à 13h00 au parking situé près du pont barrage d’Ivoz-Ramet.
Guide : Oscar TROUPIN.
La sortie peut être supprimée en fonction de la météo.

Lundi 21 janvier 2019 :

A 20h, dans l’auditoire de l’Institut de Botanique, B22 (parking 70) au Sart Tilman : Conférence du professeur V. DEMOULIN sur le thème suivant :« Pourquoi les noms de champignons et de plantes changent et faut-il adopter tous ces changements ? »

De qui se moque-t-on?

On a déjà évoqué à différentes reprises le saccage, organisé par la Direction générale opérationnelle de la Mobilité et des Voies hydrauliques du SPW, des boisements garnissant jusque là les bermes latérales ou centrales des autoroutes et autres routes à 4 bandes. Cette désintégration paysagère est manifestement poursuivie avec la bénédiction des administrations chargées des forêts, de la nature et du paysage…

 

Aujourd’hui en effet, le SPW – Mobilité  communique suite à la signature d’un protocole dénommé « Protocole d’accord inter-directions opérationnelles (DGO1, DGO3, DGO4 [1]) concernant la gestion des abords boisés des bermes centrales et latérales pour la période 2017-2020 » et dont le contexte est pompeusement présenté comme suit : « Une gestion raisonnée et durable du patrimoine paysager (sic !!) le long des routes alliant les enjeux environnementaux (re-sic !!), l’équilibre des coûts de gestion, le confort et la sécurité des usagers et des agents, stimule l’image de marque de la Wallonie et son développement économique ». Tout cela fait suite notamment à l’organisation de 2 groupes de travail « Politique globale du cycle de vie de l’arbre d’alignement » et « Politique globale du cycle de vie de plantations ligneuses en bermes et terre-pleins »…Cela laisse songeur…

 

Mais que reste-t-il donc à gérer maintenant que tout a été (et est toujours un peu partout) massacré radicalement (500 à 700 mètres par jour multipliés par plusieurs chantiers) et transformé en copeaux (100 m³ par heure et par chantier) destinés au chauffage et donc contribuant à accroître la quantité de gaz à effet de serre envoyés dans l’atmosphère ?

 

Et pourquoi cette éradication sans limite ?

 

Si on en croit la porte-parole du SPW – Mobilité : « En cas de tempête, par exemple, ils (les arbres) peuvent[2] tomber sur la chaussée et provoquer de graves accidents. Les feuilles au sol peuvent aussi rendre la route glissante ou boucher les avaloirs et provoquer de l’aquaplanage. Par ailleurs, les feuilles peuvent masquer les panneaux indicateurs et réduire l’éclairage public. Il était donc temps d’intervenir« .

 

La presse, qui souvent farfouille pour objectiver les informations qu’elle reçoit, a avalé ici toutes les couleuvres libérées par le SPW – Mobilité sans le moindre état d’âme et les a régurgitées telles quelles auprès du public sans la moindre analyse critique, réservée sans doute à des sujets plus sérieux. Combien par exemple recense-t-on d’accidents graves provoqués par les événements listés ci-avant ? Mystère ! Autant on les imagine facilement sur les routes à deux voies de circulation traversant une forêt, autant ici le danger d’accident grave est ailleurs. Notamment dans des collisions avec des animaux sauvages. Maintenant qu’il n’y a plus d’arbres, on peut se rendre compte de l’état lamentable des clôtures censées empêcher ces animaux de circuler sur la route … Des arbres de belle taille ont poussé au travers des mailles des clôtures et il serait donc en effet temps, et utile cette fois, d’intervenir à ce niveau !

 

Si les enjeux paysagers n’ont manifestement pas été pris en considération (on cherche vainement des nuances dans la gestion actuelle), les enjeux environnementaux non plus.

 

Le principal alibi environnemental réside dans le fait que ces opérations d’envergure se déroulent principalement en hiver, avant la période de nidification, pour réduire l’impact de l’abattage sur les oiseaux. On permet aux oiseaux de se reproduire, puis on élimine systématiquement tout ce qui pourrait encore ensuite leur servir de lieu de reproduction, de gite et de couvert… On sauve donc une génération, puis on hypothèque toutes les suivantes…

 

Par ailleurs on nous a suffisamment bassiné les oreilles ces dernières années avec le rôle de stockage du carbone (puits de carbone) par les arbres, pour ne pas comprendre l’impact considérable de ces opérations « d’entretien » sur le bilan wallon. Quant à leur rôle d’écran vis-à-vis des fumées, des particules, de bruit, du vent, etc…et de confort vis-à-vis des usagers (ce qui a largement été démontré par ailleurs), on n’a visiblement pas non plus cherché à approfondir la question !

 

La motivation profonde de ces « entretiens » semble donc ailleurs : renflouement des caisses de la Wallonie ? Relance de la filière du chauffage au bois en économisant les forêts gérées de façon plus durable ? Haine des arbres ? Rentabilisation de coûteuses machines ? Besoin de montrer qu’on est là ? Qu’on agit ?….

 

[1] Respectivement chargées « des routes », « des forêts et de la Nature » et de « l’aménagement du territoire et du paysage »

[2] C’est nous qui soulignons

LA NATURE : PARENT PAUVRE DU PATRIMOINE ! Éditorial Trimestriel 1-18 par Jacques STEIN

Sur proposition de la Commission Européenne, le Parlement Européen et le Conseil de l’Union Européenne ont décidé en 2016 de proclamer 2018 : « Année européenne du Patrimoine Culturel ». Nous sommes donc dedans !

L’idée consiste évidemment à diffuser et à accroître la sensibilisation et l’éducation aux valeurs du patrimoine culturel européen, se référant notamment en cela à la « Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société » adoptée à FARO (Portugal) en 2005.

On pourrait tout d’abord s’interroger sur le sens qu’il convient de donner à « la » ou « les valeurs » du Patrimoine culturel. Mais on ne le fera pas ici tant ces notions sont subjectives, polysémiques et en perpétuelle évolution…

Par contre, on peut se demander ce qu’est le « patrimoine culturel ». Selon la Convention de FARO (article 2), « le patrimoine culturel constitue un ensemble de ressources héritées du passé que des personnes considèrent, par-delà le régime de propriété des biens, comme un reflet et une expression de leurs valeurs, croyances, savoirs et traditions en continuelle évolution. Cela inclut tous les aspects de l’environnement résultant de l’interaction dans le temps entre les personnes et les lieux ». Et la Nature, en tant que telle, n’en ferait pas partie ! À l’inverse des pratiques de l’homme affectant la Nature : agricoles, industrielles, forestières, … et qui sont de nature civilisationnelle, donc culturelle.

Mais avant d’aller plus loin, revenons aux définitions des termes de l’intitulé de cet éditorial.

La Nature (F. TERRASSON)[1], c’est ce qui existe en dehors de toute action de la part de l’Homme, ce qui ne dépend pas de notre volonté… Elle compte à la fois l’inerte (roches, sols, eau, …), les effets des processus « naturels » (orogénèse, volcanisme, phénomènes météorologiques : relief, climat, …) et le Vivant (autrement qualifié de Biodiversité).

Le Patrimoine, intuitivement, c’est un ensemble de biens dont on hérite ou qu’un titulaire (propriétaire, gestionnaire, …individuel, collectif, …, privé, public, …) transmet, dans le meilleur état possible, aux générations suivantes.

Selon H. OLLAGNON[2], « un patrimoine est un ensemble d’éléments matériels et immatériels qui concourent à maintenir et à développer l’identité et l’autonomie de son titulaire par adaptation dans le temps et dans l’espace à un univers évolutif ».

Quoi qu’il en soit, le patrimoine relatif à la Nature présente une singularité par rapport à un patrimoine immobilier, mobilier, artistique, …, puisqu’il est composé d’éléments difficilement appropriables, voire de res nullius (choses sans propriétaire) : les oiseaux, les mammifères sauvages, les papillons, les araignées, les poissons, l’eau, le vent, la pluie, n’ont à priori pas de « propriétaire » … Il est donc malaisé de lui trouver un titulaire susceptible de s’en occuper de manière à le transmettre en bon état aux générations suivantes ; et ce titulaire reste à inventer, en tout cas en Wallonie !

Est-ce cette difficulté qui écarte ainsi la Nature du Patrimoine ? La récente « Agence Wallonne du Patrimoine », sans autre précision cependant, se préoccupe-t-elle pour autant du patrimoine naturel ? Non ! On n’y imagine même pas que la Nature puisse faire partie du Patrimoine (avec un grand P). Certes il y a bien les sites « classés », dont certains comptent de nombreux éléments naturels mais qui alors ont aussi un statut (de protection ou non) relevant d’autres législations et qui sont gérés par d’autres administrations. Le patrimoine naturel est « géré » par une série d’administrations « verticales » qui s’occupent du sol ou du sous-sol géologique ou des forêts ou de l’eau ou de la Biodiversité ou du climat ou … Mais est-ce dans une optique « patrimoniale » ou simplement utilitaire ? Poser la question c’est y répondre …

On ne va pas parler cette fois de la Biodiversité : son érosion et sa marginalisation sont bien connues et souvent évoquées dans nos colonnes. Les objectifs politiques théoriques à son égard sont parfois ambitieux, intéressants, mais sans libération de moyens adéquats ! Ça ne peut donc pas marcher !

L’actualité évoque parfois la disparition des métaux précieux qui alimentent notre technologie actuelle ou la fin des gisements rocheux, du pétrole, …, mais aujourd’hui, nous examinerons plus particulièrement le cas des sols.

Le sol minéral et meuble (la « terre ») résulte, – au contact de l’atmosphère et des organismes vivants -, d’un très long processus de dégradation, physique, chimique, biologique, des roches qui constituent la croûte terrestre sous-jacente.

D’une manière très générale, le sol est le support de la vie terrestre et tout particulièrement des végétaux, notamment ceux qui contribuent à alimenter l’humanité : les bonnes terres ! Pour les céréales par exemple dans certaines régions (Hesbaye) ou l’élevage ailleurs via les prairies (Ardenne), … pour n’évoquer que la Wallonie. Mais est-on conscient de ce rôle vital de nos bons sols, par ailleurs riches eux-mêmes d’une imposante diversité biologique (invertébrés, champignons, « microbes », …) ?

On peut raisonnablement se poser la question, car depuis des décennies, au-delà d’une érosion naturelle importante (qu’on ne peut ou ne veut endiguer par des pratiques adéquates), ce sont des milliers d’hectares de « bons » sols agricoles wallons qui ont été soustraits à la production alimentaire. On pense à Louvain-La-Neuve évidemment (plus de 900 hectares), mais aussi aux différent(e)s mégalopitaux (en cours ou en projet), mégalopoles, mégalocontournements, mégalopistes d’atterrissage, mégaloterrains de foot, mégalozones d’activités économiques, etc., … Comme si on n’avait plus besoin à l’avenir de tous ces bons sols agricoles, partant du principe sans doute qu’il y aura toujours assez de terrains non bétonnés ailleurs, en Afrique, en Asie, en Amérique Latine, … là où on élimine, notamment, les forêts au profit des cultures agro-industrielles, pour nous alimenter en soja, en huile de palme, en sucre de canne …

Entre 1985 et 2017, 1620 hectares par an ont été artificialisés en moyenne en territoire wallon, principalement au détriment des terres agricoles, avec une perte de superficie de 56.700 hectares, soit moins 6,1% en 32 ans. Sur la même période, la superficie résidentielle est passée de 72.300 ha à 107.500 hectares, soit une expansion de 48,7 %…

Selon le dernier Rapport sur l’État de l’Environnement wallon, « la construction de bâtiments, d’infrastructures et d’équipements entraîne une artificialisation du territoire avec des conséquences environnementales multiples : perte de ressources naturelles et agricoles, imperméabilisation des sols, péri-urbanisation du cycle naturel de l’eau, fragmentation des habitats naturels… »

Certes, un projet de schéma wallon de développement territorial prévoit que, dès 2025, l’étalement urbain sur ces sols sera limité à 600 hectares par an. En 2050, il serait tout simplement interdit de grignoter du territoire pour construire : les « terres non artificialisées (toute surface retirée de son état naturel, forestier ou agricole) ne pourront plus être consommées », soit 0 hectares par an. Mais combien de milliers d’hectares supplémentaires disparaîtront encore d’ici là ?

Evidemment, quand le béton aura enseveli l’humanité, il restera les robots ! Mais en attendant…

Mais, « mieux vaut tard que jamais » et « il n’est jamais trop tard pour bien faire » diront les optimistes. Pour les pessimistes : on s’y prend bien trop tardivement !  « Le mal est fait ». Quant aux entreprises du secteur de la construction, elles font évidemment la grimace !

La Confédération de la Construction Wallonne prévient que « le “stop au béton” freinera exagérément toute possibilité d’urbanisation alors que la population augmente et que les besoins en espaces résidentiels et économiques restent considérables. Une raréfaction de l’offre de terrains entraînera une augmentation des prix, avec un nouveau recul de l’accès au logement des ménages ».

Elle dit aussi, et c’est sans doute plus intéressant, que « si on veut renforcer l’attrait et la qualité des zones bâties actuelles, il est essentiel d’accélérer les politiques de revitalisation urbaine et rurale, de stimuler la démolition-reconstruction des tissus vétustes, de restaurer le bâti historique, d’assainir les friches industrielles et d’amplifier la rénovation énergétique des logements et des bâtiments secondaires et tertiaires ».

On peut aussi, comme c’est le cas dans certaines villes françaises, reconstruire la ville sur la ville, valoriser les terrains sous-occupés, réutiliser des bâtiments, …

Il va donc falloir faire preuve d’imagination si on ne veut pas hypothéquer plus avant le patrimoine de nos sols.

[1] François TERRASSON :  « La peur de la nature » aux Éditions Sang de la Terre (1988), « La civilisation anti-nature» aux Éditions du Rocher (1994), « En finir avec la Nature » aux Éditions du Rocher (2002) et bien d’autres…

[2]  https://www.canal-u.tv/video/canal_uved/l_approche_patrimoniale_de_la_gestion_du_vivant.40121  – 2018.

Enquête publique concernant la salamandre.

Une consultation publique concernant la salamandre est actuellement menée : http://biodiversite.wallonie.be/fr/16-01-2017-projet-de-plan-d-action-salamandre-consultation-publique.html?IDD=5332&IDC=3425

Projet de plan d’action salamandre : consultation publique

Une consultation publique est menée actuellement sur un projet de plan national visant à combattre un nouveau pathogène qui affecte mortellement les salamandres

Du 16 janvier 2017 au 16 février 2017, les administrations fédérale et régionales compétentes pour la conservation de la nature organisent une consultation publique sur un projet de plan national visant à combattre un nouveau pathogène d’origine asiatique qui affecte mortellement les salamandres : le Batrachochytrium salamandrivorans (Bsal) provoquant la chytridiomycose, .

Ce plan a pour objectif de mettre en place pour une durée de 5 ans :
-des mesures de surveillance passive et active afin de diagnostiquer la présence du pathogène sur le territoire belge (population sauvage et captive) ;
-des mesures de monitoring des populations sauvages de salamandres tachetées et du triton crêté afin de détecter d’éventuels déclins suspects qui pourraient être causés par le Bsal ;
-des mesures de gestion de la maladie lorsque Bsal est détecté ;
-des mesures d’interdiction d’importation de salamandres asiatiques qui sont réputées être le réservoir de la maladie.

Le projet de plan, éventuellement remanié suivant les commentaires du public reçu, sera proposé pour adoption finale à la Conférence interministérielle de l’Environnement élargie à l’Agriculture dans le courant du premier semestre 2017.

Le projet de plan est consultable sur le lien suivant : http://environnement.wallonie.be/enquete-publique-salamandre/plan-salamandre.pdf

Projet plan action salamandre

Accéder à l’enquête : http://environnement.wallonie.be/enquete-publique-salamandre/enquete.doc
Contact : enquete.publique.salamandre.dgo3@spw.wallonie.be

20 octobre, journée des Allées d’arbres

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

 Les allées d’arbres sont ces voies – chemins, routes, rues, mais aussi canaux – bordés d’alignements d’arbres plantés de manière régulière, qui marquent avec force les paysages européens. Toutes ces allées sont liées à l’art du jardin « à la française », qui leur a donné leur nom : « allé » en norvégien ou en suédois, « Allee » en allemand, « aleja » en polonais etc. Sorties du jardin pour sillonner les territoires depuis le 16ème siècle, elles ont en commun d’avoir été plantées pour mettre en valeur, embellir, marquer le territoire.

Les allées ont depuis longtemps été comparées à des cathédrales végétales, avec leur colonnade, leur voûte, et leurs bas-côtés lorsqu’elles sont doubles. Elles sont aussi des corridors biologiques et des habitats dont le rôle important pour la biodiversité a été documenté lors de la conférence internationale Infra Eco Network Europe à Lyon cet été (www.iene.info).

Instituée en 2008 en Allemagne, la Journée des Allées, le 20 octobre, s’est étendue depuis 2015 à l’Europe. Cette date correspond également à l’adoption, en 2000 à Florence, de la Convention européenne du paysage.

L’objectif de la Journée des Allées est de mettre en lumière ce patrimoine et de contribuer à sa préservation. Les actions sont diverses et peuvent aller de la simple mention publique de la journée jusqu’à des plantations associant des personnalités, en passant par des conférences, ou des évènements sportifs, telle la course cycliste dénommée le « Tour d’Allée » organisée chaque année sur l’île de Rügen, en Allemagne, double hommage à la France, avec l’utilisation du terme « allée » et l’allusion au « Tour de France ». En 2014, un nouvel itinéraire touristique, la Lippische Alleenstraße, empruntant 140 km d’allées, avait également été inauguré à cette occasion en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (D).

Les différentes initiatives sont désormais documentées par une galerie photo à l’adresse www.flickr.com/photos/europeanavenueday. Pour y figurer, les photos de ces initiatives seront envoyées à EuropeanADay@european-avenues.eu.

Cette année, en Allemagne, le lauréat du concours photographique et surtout le nom de l’« allée préférée » de l’année seront dévoilés par le BUND. Dans le Bade-Wurtemberg, la secrétaire d’Etat aux finances du Land s’exprimera, dans les jardins du château de Bruchsal, sur l’intérêt du réseau d’allées historique. En Italie, Legambiente organisera diverses actions de sensibilisation. En République Tchèque, une nouvelle allée sera plantée par ARNIKA en Moravie-Silésie. En France, la SPPEF (Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France) lancera l’édition 2017 du « Prix des allées ». La commune de Beaurecueil (Bouches-du-Rhône), lauréate 2016 du prix, organisera un apéritif le long de son allée de mûriers. L’association du Gothique Frémissant, également lauréate, exposera, avec la commune d’Heudicourt (Eure) et la Communauté de communes du canton d’Etrepagny, des photos d’allées françaises et européennes. Dans les Vosges, à Trampot, Chantal Pradines donnera une conférence sur la riche dimension culturelle des allées. Le CAUE et le Conseil départemental de l’Allier placeront une réunion de travail sous le signe de la Journée Européenne des Allées, tandis que dans le Gers, l’ASPPAR (Association pour la Protection des Arbres en bord des Routes) invite à faire une photo des Promenades de Condom.

Alors que la France vient d’inscrire la protection des allées dans le Code de l’environnement, ces évènements sont une application concrète de la « mise en valeur spécifique » à laquelle le nouvel article. L.350-3 invite.

Pour en savoir plus

Cabinet All(i)ée

Chantal Pradines

Ingénieur Centrale Paris. Expert indépendant auprès du Conseil de l’Europe

Tél. 03 29 06 78 50

chantal.pradines@centraliens.net

 

LES ALLÉES, UN PATRIMOINE EUROPÉEN EN VEDETTE

 400 ans d’histoire

 L’histoire des alignements d’arbres de bord de route, de rue, de chemin, de canaux en Europe commence au milieu du 15ème siècle : la double file d’arbres plantés régulièrement est un instrument parfait pour appuyer les perspectives, essentielles à l’aménagement des jardins ordonnés de la Renaissance puis des jardins « à la française » du 17ème siècle. Elle guide le regard vers ce que l’on veut mettre en valeur, l’entrée de la demeure, une statue ou une fontaine dans le jardin.

Dès le 16ème siècle, l’allée d’arbres sort du jardin, plantée sur deux, trois, cinq kilomètres… : l’allée montre la richesse et l’étendue des terres de celui qui fait planter.

A la même époque, on plante aussi des allées sur les remparts et aux portes des villes, sous forme de mails et de promenades, tandis que les premières ordonnances imposent la plantation d’arbres le long des routes de campagne.

La plantation d’allées se perpétue au 18ème siècle et se renforce au 19ème, lorsque les boulevards qui remplacent les fortifications sont plantés à leur tour en allées, tout comme les avenues des grandes villes destinées à lutter contre l’insalubrité et les difficultés de circulation, les allées des cimetières, les accès aux gares, aux écoles etc.. Elle se poursuit principalement jusqu’au milieu du 20ème siècle.

Un patrimoine culturel lié au jardin « à la française »

 Quel que soit leur contexte, le lieu, l’époque, ces plantations répondent aux codes définis dans les traités des jardins du 17ème siècle. L’espacement des arbres sur la ligne et entre lignes, les proportions, donnent naissance à une « architecture », commune, très tôt comparée à celle des cathédrales, avec la colonnade, la voûte, la transparence des « fenêtres » ouvertes sur le paysage entre les troncs.

Chaque allée a toutefois son identité propre : selon les lieux, selon les époques, les essences d’arbres varient. La lumière changeante, les saisons, le vent animent chaque allée et lui donnent un cachet toujours renouvelé.

L’objectif affiché des plantations est esthétique, y compris lorsque d’autres motifs, utilitaires – produire du bois, délimiter la voie, guider et protéger le voyageur etc. – entrent également en jeu. Projet de jardin et projet de paysage à l’échelle du pays sont imbriqués : les observateurs des 18ème et 19ème siècles comparent d’ailleurs les routes plantées des campagnes aux allées de jardins.

La France, avec le rayonnement du jardin « à la française », a joué un rôle déterminant dans la diffusion de ces plantations dans toute l’Europe. Ce rôle lui est reconnu encore aujourd’hui, avec l’usage du terme français « allée » dans de nombreux pays. Le fait d’utiliser ce terme, issu des traités des jardins, pour désigner une voie et ses alignements d’arbres, quelle que soit la nature de la voie, souligne le lien qui rattache toutes ces plantations au jardin « à la française ».

Un patrimoine porteur de sens et créateur de liens

 La dimension culturelle des allées, qui les rattache à une histoire, donne du sens au paysage, permet de comprendre pourquoi on a planté des arbres.

Le caractère universel de leur « architecture » a un fort pouvoir évocateur, celui du symbole. Qui voit une allée associe d’autres images d’allées, d’autres lieux, d’autres temps. Après la 1ère Guerre mondiale, des « allées de mémoire » ont ainsi été plantées dans certains pays du Commonwealth en guise de « monument aux morts » : elles rappelaient les longues routes françaises bordées d’arbres qui avaient tant marqué ces jeunes soldats étrangers avant qu’ils ne meurent sur le front. Les arbres constituaient aussi une représentation de la victoire de la vie sur la mort, se prêtant mieux que le marbre à un hommage aux victimes.

L’allée crée du lien dans le temps, le lien de l’histoire générale des allées et celui de l’histoire particulière de chaque allée. Certaines se perpétuent depuis plusieurs siècles moyennant, le cas échéant, des replantations. C’est le cas de l’« allée de la Motte », à Joué-du-Plain (Orne), plantée au17ème siècle, replantée à neuf à la fin du 18ème siècle, et qui vient d’être renouvelée dans la même logique qu’il y a 200 ans. L’Association de Sauvegarde du patrimoine de Joué-du-Plain a été désignée lauréate du « Prix des allées 2016 » de la SPPEF.

L’allée crée du lien dans l’espace : elle relie deux lieux, voire beaucoup plus : l’itinéraire touristique allemand mis en place en 1992, la Deutsche Alleenstrasse, s’étend aujourd’hui sur 2 900 km.

L’allée crée du lien entre les hommes : depuis 2006, chaque année, divers pays accueillent des conférences ayant pour thématique les allées ; certains acteurs européens se retrouvent depuis 2012 au sein d’un groupe de travail informel. Localement, aussi, des citoyens se réunissent autour d’une allée spécifique, pour veiller à sa préservation, tels les parrains engagés auprès du BUND (Amis de la Terre Allemagne) ou les membres de l’association « Pelouse et Environnement » à Montgeron (Essonne), autre lauréate du « Prix des allées 2016 ».

Le lien créé peut avoir une portée symbolique forte. A l’initiative du BUND et de la fondation polonaise FER (Fundacja EkoRozwoju), une route transfrontalière est devenue en 2014 la première allée germano-polonaise. Le panneau qui la signale porte la mention « Des allées, pas des frontières ». Ce 20 octobre, l’Association du Gothique Frémissant, également lauréate du « Prix des allées 2016 » réalisera, avec concours de la commune d’Heudicourt (Eure) et de la communauté de communes du canton d’Etrepagny, une exposition mettant en résonance l’« allée-cathédrale » d’Heudicourt et l’allée de mûriers de Beaurecueil (Bouches-du-Rhône) – la commune de Beaurecueil est également lauréate du « Prix des allées 2016 » – ainsi que des allées d’autres pays européens illustrées dans l’ouvrage collectif « Avenues in Europe. Yesterday, today and tomorrow » paru en 2015.

Un patrimoine naturel en adéquation avec les enjeux contemporains

 Les arbres des allées précipitent les poussières et réduisent les concentrations en polluants tels les oxydes d’azote, l’ozone ou les PCB. Ils abaissent les températures et réduisent les consommations de carburant, par une diminution de l’usage de la climatisation et des évaporations des réservoirs. A cela s’ajoute leur rôle de puits de carbone.

Les allées sont particulièrement précieuses pour la préservation de la biodiversité. Une session a été dédiée à ce sujet à la conférence internationale Infra Eco Network Europe 2016 coorganisée notamment par le ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer et la Fondation pour la Recherche sur la biodiversité. La dimension verticale des allées, leur voûte, leur structure linéaire en font des postes de retrait et d’observation, des ouvrages de franchissement, des corridors de déplacement. La variété des ambiances physiques entre intérieur et extérieur, entre partie inférieure et supérieure, et l’exceptionnelle stabilité de la structure « allée » – liée à la constance de la voirie -, et la longévité des arbres qui les constituent – soustraits à une gestion sylvicole – jouent un rôle déterminant pour de très nombreuses espèces des Listes rouges (insectes, lichens, mousses notamment).

Les allées ont un effet positif pour la sécurité routière, comme l’ont montré diverses études françaises et étrangères. Il se traduit par une conduite « apaisée » : abaissement significatif de la vitesse, plus grande tolérance à la frustration, prudence accrue. Cet effet positif est largement ignoré car il est impossible de comptabiliser le nombre de victimes évitées grâce aux allées. Il est lié au caractère esthétique des allées et à leur capacité à signaler efficacement les virages, carrefours, entrées d’agglomérations et à rendre la vitesse perceptible par le défilement des arbres.

Il a pu être démontré que le risque d’être tué dans un territoire donné ne dépendait pas de la richesse de celui-ci en arbres d’alignement. La plantation d’allées d’arbres n’est donc nullement incompatible avec l’existence d’un haut niveau de sécurité sur les routes.

Les allées d’arbres, un patrimoine apprécié et créateur de valeur

 L’esthétique des allées, leur capacité à faire sens et à créer du lien, qui est liée à leur dimension culturelle, leur intérêt comme patrimoine naturel sont à la fois mobilisateurs et créateurs de valeur.

 Les allées sont appréciées, comme le montrent l’avis positif unanime du Jury citoyen organisé en 2006 en Meurthe-et-Moselle, le large panel de personnalités éclairées soutenant le Manifeste européen pour les allées, les « sondages » en France et à l’étranger.

Les allées sont mobilisatrices : les lauréats du « Prix des allées 2016 » de la SPPEF sont parvenus à mobiliser des fonds importants issus du mécénat ou de dons de particuliers. Dans plusieurs pays européens, de grandes associations spécialisées dans la défense de l’environnement, du patrimoine culturel, la promotion de l’arbre ou le paysage s’associent pour rappeler l’intérêt de ce patrimoine.

Les allées sont créatrices de valeur, par l’activité économique liée aux arbres – de la pépinière aux élagueurs en passant par les experts en arboriculture ornementale -, mais aussi comme support touristique, avec des itinéraires et des offres d’opérateurs, en particulier en Allemagne.

2016, une année importante pour les allées d’arbres en France

 Depuis cette année, en vertu de l’article L. 350-3 du Code de l’environnement, les allées et alignements d’arbres bordant les voies sont désormais protégés en France. La France a ainsi rejoint les pays qui disposaient déjà d’une protection systématique pour les allées, tels que le Luxembourg, la Pologne, la Suède, l’Allemagne etc.

Il est désormais interdit d’abattre, de porter atteinte, de compromettre la conservation ou de modifier radicalement l’aspect d’un ou de plusieurs arbres d’une allée ou d’un alignement d’arbres sauf dans certains cas particuliers : lorsqu’il est démontré que l’état sanitaire ou mécanique des arbres présente un danger pour la sécurité des personnes et des biens, ou un danger sanitaire pour les autres arbres, ou bien lorsque l’esthétique de la composition ne peut plus être assurée et que la préservation de la biodiversité peut être assurée par ailleurs. Des dérogations peuvent également être accordées pour les besoins de projets de construction.

2016 est aussi la première année où des lauréats ont été récompensés pour leurs actions en faveur des allées : le « prix des allées 2016 » déjà mentionné a été remis à Lyon le 31 août dernier par Alexandre Gady, président de la SPPEF (Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France), en présence de Patrick Brie, représentant le ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer, et de Maguelonne Déjeant-Pons, représentant le Conseil de l’Europe. Cinq lauréats ont été récompensés : à ceux déjà cités s’ajoute le conseil départemental de la Haute-Garonne, pour sa politique générale de gestion de ses allées d’arbres.

Pour en savoir plus

 Cabinet All(i)ée

Chantal Pradines est ingénieur diplômée de l’École Centrale de Paris. Après avoir travaillé dans les travaux publics et la communication, elle a créé le cabinet All(i)ée en 2008 pour oeuvrer à la promotion des allées d’arbres en France et en Europe. Expert auprès du Conseil de l’Europe dans le cadre des travaux sur la Convention Européenne du Paysage, elle a à son actif une centaine d’articles et de communications dans des revues françaises et internationales et dans des congrès et séminaires dans une dizaine de pays d’Europe. Elle est conseillère scientifique du projet franco-canadien « La mémoire du paysage – Le rapatriement des Chênes de Vimy » et a présidé le jury du « Prix des allées2016 » de la SPPEF. Contact : Tél. 03 29 06 78 50 ; chantal.pradines@centraliens.net

Quelques liens et références utiles

www.iene.info

www.sppef.fr

Brückmann, K. (éd). : Avenues in Europe. Yesterday, today and tomorrow. 2015

Pradines, Ch.: Infrastructures routières : les allées d’arbres dans le paysage in Facettes du paysage.

Réflexions et propositions pour la mise en oeuvre de la Convention européenne du paysage. Editions

du Conseil de l’Europe, 2012, p. 117-196 (disponible en ligne sur le site du Conseil de l’Europe)

Pradines, Ch., Marmier, F. : Infrastructures. Alignements d’arbres et sécurité routière. Revue Générale

des Routes et de l’Aménagement n° 891, 2011, p. 55-63

Pradines, Ch. : La route bordée d’arbres – entrée et sortie de la Grande Guerre. Rétro Tourisme –

Automobilisme, Patrimoine & Transports, n° 2, 2014, p. 60-61

Pradines, Ch. : Les allées d’arbres, voies royales pour la biodiversité. La Revue Durable, n° 52, 2014,

  1. 58-61

Pradines, Ch. : L’allée d’arbres : route touristique par excellence ? Rétro Tourisme – Automobilisme,

Patrimoine & Transports, n° 3, 2015, p. 44-47

Pradines, Ch. : Des allées dans le jardin Europe : les routes bordées d’arbres. Sites & Monuments, n°

222, 2015, p. 33-41

L’objectif de la Journée des Allées est de mettre en lumière ce patrimoine et de contribuer à sa

préservation. Les actions sont diverses et peuvent aller de la simple mention publique de la journée

jusqu’à des plantations associant des personnalités, en passant par des conférences, ou des

évènements sportifs, telle la course cycliste dénommée le « Tour d’Allée » organisée chaque année

sur l’île de Rügen, en Allemagne, double hommage à la France, avec l’utilisation du terme « allée » et

l’allusion au « Tour de France ». En 2014, un nouvel itinéraire touristique, la Lippische Alleenstraße,

empruntant 140 km d’allées, avait également été inauguré à cette occasion en Rhénanie-du-Nord-

Westphalie (D).

Les différentes initiatives sont désormais documentées par une galerie photo à l’adresse

www.flickr.com/photos/europeanavenueday. Pour y figurer, les photos de ces initiatives seront

envoyées à EuropeanADay@european-avenues.eu.

Cette année, en Allemagne, le lauréat du concours photographique et surtout le nom de l’« allée

préférée » de l’année seront dévoilés par le BUND. Dans le Bade-Wurtemberg, la secrétaire d’Etat

aux finances du Land s’exprimera, dans les jardins du château de Bruchsal, sur l’intérêt du réseau

d’allées historique. En Italie, Legambiente organisera diverses actions de sensibilisation. En

République Tchèque, une nouvelle allée sera plantée par ARNIKA en Moravie-Silésie. En France, la

SPPEF (Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France) lancera l’édition

2017 du « Prix des allées ». La commune de Beaurecueil (Bouches-du-Rhône), lauréate 2016 du prix,

organisera un apéritif le long de son allée de mûriers. L’association du Gothique Frémissant,

également lauréate, exposera, avec la commune d’Heudicourt (Eure) et la Communauté de

communes du canton d’Etrepagny, des photos d’allées françaises et européennes. Dans les Vosges,

à Trampot, Chantal Pradines donnera une conférence sur la riche dimension culturelle des allées. Le

CAUE et le Conseil départemental de l’Allier placeront une réunion de travail sous le signe de la

Journée Européenne des Allées, tandis que dans le Gers, l’ASPPAR (Association pour la Protection

des Arbres en bord des Routes) invite à faire une photo des Promenades de Condom.

Alors que la France vient d’inscrire la protection des allées dans le Code de l’environnement, ces

évènements sont une application concrète de la « mise en valeur spécifique » à laquelle le nouvel

article. L.350-3 invite.

 

21 mars – Journée internationale des Forêts

Le 21 mars c’est le Printemps! Mais c’est aussi la Journée Internationale des Forêts sur le thème « La Forêt et l’Eau ».

LE SAVIEZ-VOUS ?

• Les bassins versants boisés et les zones humides renferment 75 % de l’eau douce accessible dans le monde
• Environ un tiers des grandes villes du monde dépendent directement de zones forestières protégées pour une large part de leur approvisionnement en eau potable
• Près de 80 % de la population mondiale – soit 8 personnes sur 10 – est exposée à une menace grave en ce qui concerne la sécurité de l’eau
• On peut réaliser des gains économiques considérables en améliorant la gestion des ressources en eau
• Les forêts agissent comme des filtres à eau naturels
• Les changements climatiques ont une incidence sur le rôle des forêts en matière de régulation des flux de l’eau et sur les ressources en eau disponibles
• Les forêts jouent un rôle essentiel dans le développement et le renforcement de la résilience